Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 12:11

Le principe du chauffage urbain est relativement simple : au lieu de multiples petites chaudières dans chaque maison ou chaque appartement, voire de moyennes chaudières dans chaque immeuble d'habitation ou groupe d'immeubles, on crée une grosse, très grosse chaudière qui alimente un réseau où circule de l'eau très chaude qui sera ensuite distribuée dans chaque habitation, quelle qu'en soit la structure ou la dimension. Rien de bien différent de la distribution d'eau, de gaz, etc. À Nantes, c'est le gros chantier actuel : on éventre les rues sur des centaines de mètres pour poser la tuyauterie du chauffage central de l'avenir, qui sera mis en service à relativement brève échéance (2017 au plus tard).

Bien entendu, comme il sied à une municipalité de gauche (c'est à dire socialiste – ces socialistes qui préconisaient, il n'y a pas des siècles, la municipalisation des sols pour lutter contre la spéculation foncière), la réalisation de ce projet a été confiée à une entreprise privée du groupe GDF-Suez dans le cadre d'une délégation de service public (DSP), sous le sempiternel prétexte que les communes sont pauvres et qu'elles n'ont pas les moyens de financer de tels investissements et pas les compétences pour les réaliser. On sait ce qu'on peut penser de ces opérations de DSP, qui sont une des sources de la corruption des esprits quand ce n'est pas celle des mœurs politiques.

 

Le problème n'est pas là. Il y en a bien d'autres.

 

Quid de la chaudière ?

Une grosse machine qui brûlera les déchets urbains, sans omettre d'y injecter un carburant solide, liquide ou gazeux, les ordures ménagères ayant une détestable propension à ne pas brûler spontanément. Quel que soit le mélange, cela signifie aussi qu'il sera nécessaire, indispensable même, de produire un volume minimum d'ordures ménagères pour permettre le fonctionnement du système. Un minimum, qui aura certainement tendance à augmenter dans la mesure où la tentation sera forte de chercher à étendre le réseau ou les usages de la chaleur produite. On voit déjà l'incompatibilité entre cette contrainte et l'autre contrainte qui nous est à coup sûr imposée : réduire le volume des déchets, réduire la consommation d'emballages, réduire le gaspillage de matières premières. Il se susurre déjà que, en cas d'insuffisance de déchets à brûler, on pourra faire appel aux structures de tri sélectif qui pourront alors fournir quelques camions de papier pour alimenter le système. Ouf !

On espère tout de même, sans aller jusqu'à l'utilisation en cascade de la chaleur résiduelle, que le système a été conçu pour fonctionner en cogénération chaleur-électricité. Sur ce point, pas de nouvelles précises.

 

Quid du réseau ?

L'eau (très) chaude sera transportée dans des canalisations isolées simplement enterrées (l'ensemble des installations est "prévu pour une durée de vie de plus de trente ans", dit-on). On aurait pu imaginer que, s'agissant d'un chantier très important et coûteux, et fait pour durer puisque dans vingt ans l'ensemble des installations et de la gestion sera rétrocédé à la commune, on aurait choisi un procédé permettant une surveillance et un entretien aisés et bon marché – installer ces canalisation dans des galeries accessibles où, par la suite seraient passés d'autres réseaux et canalisations. Mais on voit là un des effets de la DSP : celui qui ne vise que son profit fait tout pour réduire ses charges, et tant pis pour celui qui héritera dans vingt ans d'un réseau vieilli et peut-être coûteux à faire fonctionner.

 

Quid de l'efficacité ?

L'expérience prouve que la solidité d'une chaîne est proportionnelle à celle de son maillon le plus faible. Dans le cas qui nous intéresse, on va partir de l'hypothèse d'une chaudière répondant aux meilleurs critères, de canalisations quasiment parfaites et sans pertes significatives, mais qu'en sera-t-il des utilisateurs, et des pertes qui devront leur être imputées du fait de la quasi absence d'isolation thermique des logements ( plus de 50 % du parc date d'avant 1970). Les occupants des logements qui vont bénéficier du chauffage urbain vont-ils devoir, en plus, supporter les coûts de l'isolation thermique, tout en payant au prix toujours plus fort la fourniture de chaleur ? Là se pose vraiment le problème de la pertinence des investissements réalisés qui seront payés, in fine, par les consommateurs, et les contribuables, pour le plus grand profit, on l'espère, des actionnaires de GDF-Suez.

 

Quid de la pertinence stratégique ?

Produire de la chaleur en grande quantité pour chauffer les logements est une nécessité – même si le débat reste ouvert. Mais la produire comment ? En faisant fonctionner des chaudières qui consommeront un carburant toujours plus onéreux, ou en rentrant dans des cycles vertueux qui permettent à la fois de réduire les consommation tout en utilisant des ressources jusque là négligées. Le peu qu'on sait aujourd'hui, c'est qu'on brûlera des ordures ménagères, avec en apport en bois (production locale, promis, juré !), et éventuellement un apport en gaz (russe ? algérien ? autre ?) en cas de besoin. Il s'agit là, bien sûr, d'une ressource fossile, et non de méthane qui peut être produit, entre autres, par l'utilisation des boues des stations d'épuration, ou par la transformation des ordures ménagères comme cela se fait déjà soit à petite ou grande échelle en Inde, en Chine, et dans tant d'autres pays moins emblématiques, et même chez nos voisins européens qui ont la chance de ne pas s'être lié les mains par des investissements disproportionnés dans le nucléaire civil et militaire.

 

Essayons de conclure.

Oui au chauffage urbain, mais pourquoi ne pas avoir d'abord choisi d'économiser en isolant, au-delà des normes actuelles, les logements existants ?

Oui au recours aux énergies renouvelables comme le bois, mais comment sera gérée la nécessaire réduction des volumes de déchets ménagers, et l'équilibre entre les différentes sources ?

Oui à des solutions d'avenir permettant à la fois de réduire les coûts et l'impact écologique de l’activité humaine, mais pourquoi s'être engouffré dans ce qui semble bien être la révolution d'avant-hier et non l’évolution de demain ?

Autant de questions qu'on pourrait se poser, s'il n'est pas déjà trop tard.

 

Faites de beaux rêves.

Partager cet article

Repost 0
Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Régis Hulot
  • : Quelques réflexions sur le monde d'aujourd'hui, avec un brin d'humour quand c'est possible.
  • Contact

Imaginons qu'on réfléchisse...

"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

Recherche

Archives