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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 13:56


A conserver pour l'éternité !


C'est ce que peut lire, en tête de la feuille où on lui a écrasé les doigts pour en conserver les empreintes digitales, Volodine Innokenti Artemievitch quelques heures après son arrestation. On l'a déjà enfermé dans une des minuscules cellules où brûle une lumière permanente et agressive, privé de sommeil et du droit de s'allonger ou de s'asseoir, contraint à se laver dans une douche crasseuse, rasé intégralement (tête, aisselles, pubis), déshabillé et inspecté longuement au prétexte que le moindre repli de peau pourrait cacher Dieu seul sait quelle arme..." En lisant cette formule, Innokenti eut un haut-le-corps. Il y avait là on ne sait quoi de mystique, de plus haut que l'humanité et que la terre ", écrit Soljenitsyne dans Le premier cercle.


J'avais déjà lu jadis Le pavillon des cancéreux, parallèlement aux Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski. J'ai acheté Le premier cercle le lendemain de la mort de son auteur, dans le seul but de me plonger de nouveau à cette occasion historique dans une littérature russe qui m'a toujours fasciné.


Pas d'horreurs décrites en long et en large, et s'il s'en trouve, elles sont toujours évoquées avec humour. Il faut dire que cette " charachka " où évoluent les multiples héros de cette triste aventure n'est pas autre chose qu'un centre de recherche où on a rassemblé des sommités scientifiques, toutes emprisonnées pour des durées inouïes pour délit d'opinion et qui ont été extraites de différents camps, de différentes iles de cet Archipel du Goulag engendré par le système lénino-stalinien. Dans une atmosphère étouffante et étrangement studieuse, mais où la " non-productivité " est pourtant pratiquée comme un des beaux-arts, les personnages évoluent au rythme de leurs souvenirs, de leurs pensées ou de leurs espoirs au milieu d'une bureaucratie carcérale inepte et tatillonne. Conformément à sa vision " polyphonique " du roman, Soljenitsyne rassemble, autour du prétexte à son récit (la mise au point d'un système de reconnaissance vocale devant démasquer un traitre), une société soviétique sans but, sans racines, détruite par la peur, minée par la corruption et la délation. Comme une roue qui n'en finirait pas de tourner pour moudre un temps devenu impalpable, l'enfer pénitentiaire rejette sur son chemin des vies devenues inutiles dans le silence et l'obscurité du désespoir. Une sorte d'éternité dans un enfer glacé.



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Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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