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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 17:06
Il aura donc fallu en arriver jusque là... Un mort, dont on ne saura certainement jamais qui en est ou en sont les auteurs, puisque déjà les différents protagonistes se rejettent les uns sur les autres la responsabilité de ce meurtre. Après un mois de grève générale, un mois au cours duquel on a vu une manifestation qui a rassemblé près du cinquième de la population de la Guadeloupe -- imaginez à Paris une manifestation de DIX MILLIONS de personnes...
Et ce qui permet au président du Conseil général de l'île de dire que la République française est une république honteuse, dont le comportement est une honte aux yeux de ses citoyens et aux yeux du monde.

Je ne me sens pas assez informé de la situation aux Antilles-Guyane-Réunion pour avoir une opinion éclairée.
J'ai seulement pu constater directement que quand des "métropolitains" partaient s'y installer, c'était rarement dans le but de s'appauvrir, et que ce but était très largement atteint au bout de quelques mois ou années de séjour. Et, à leur retour, ils ne manquaient pas d'exemples pour démontrer combien les Antillais étaient incapables de s'organiser, de créer, d'entreprendre, agrémentant le tout de propos bien "franchouillards" sur la vigueur sexuelle des "hommes de couleur". Au fond, une mentalité de coloniaux dans la droite ligne de ce que pensaient la grande majorité des "blancs" jusqu'aux années 60, époque à laquelle la décolonisation rendait ces propos politiquement incorrects. Mais laissons là l'anecdote pour revenir à ce qui m'a davantage frappé dans les discours entendus ces dernières heures.

Né au début des années 50, fils d'un père né juste après la guerre (de 14-18), petit-fils de grands parents nés à la fin du XIXème siècle, arrière-petit-fils d'ancêtres nés à la fin du Second empire... je dois remonter à quatre générations pour trouver des gens contemporains de l'esclavage aboli, comme chacun sait ou doit le savoir, en 1848 par la Seconde (mais éphémère) république. J'ai bien des difficultés à imaginer ce qu'étaient ces lointains ancêtres, paysans ou commerçants, domestiques ou artisans, tous appartenant aux classes modestes de la société mais tous citoyens du pays qu'ils habitaient puisqu'ils étaient au moins susceptibles de payer l'impôt, de se marier librement, et éventuellement de voter.
Mais quand Lilian Thuram parle de sa famille, de ses ancêtres, il lui suffit de quelques phrases pour dire qu'il est descendant d'esclave, d'être humains auxquels étaient attribués un prénom et un numéro, et qu'on vendait avec la terre qui les portait. De même, quand Gaston Monnerville (né en 1897) parlait de lui comme d'un "nègre fils d'esclave", il évoquait une sorte de généalogie brisée, le fait de ne pas descendre de générations d'êtres humains mais de "choses" qui n'avaient aucune existence digne de ce nom, aucune valeur en eux-mêmes.
Et pourtant, en 2008, l'esclavage a été aboli depuis 160 ans, et les choses ont changé depuis... Changé... Changé?

C'était il y a seulement 53 ans: Rosa Parks refusait de céder sa place dans l'autobus à un "blanc", et c'était le début de 10 ans de luttes -- et à quel prix -- pour obtenir la fin de la ségrégation raciale aux États-unis. Et bien plus tard encore, ce fut la fin du régime raciste mis en place à la fin de la Seconde guerre mondiale par le gouvernement d'Afrique du sud. Et encore aujourd'hui, si ce n'est pas tout à fait vrai dans le Droit, quelques pays pratiquent encore l'esclavage. Sans compter tous ceux où subsiste l'esclavage économique, si près de nous, chez nous.

Alors, comment s'étonner de ce qui se passe aux Antilles, comment faire semblant de croire que le problème du statut des "Afro-antillais" est définitivement réglé, et qu'il suffira de quelques centaines de millions pour calmer cet accès de fièvre sociale, comment croire qu'ils se contenteront de la "générosité" de la Métropole où vivent ces "blancs" qui sont si bons pour ces pauvres gens?

Tant que perdurera cette honteuse tradition de notre société où il n'est pas si mal vu de "casser du nègre", comme on a, ce n'est pas si vieux, "cassé du bougnoule" ou "chassé le youpin", tant qu'on taira les crimes commis par la France dans ses "possessions" ou ses anciennes colonies (Nouvelle-Calédonie dans les années 80, Madagascar en 1947 ou Antilles en 1967 pour ne citer que ces exemples), tant qu'une poignée de profiteurs continueront de s'engraisser sur le dos de milliers de gens démunis du nécessaire et en particulier d'espoir, et tant que continuera pour les besoins d'une politique infâme le "contrôle au faciès" qui humilie des citoyens, français depuis plus longtemps que beaucoup d'entre nous, aucune sortie de crise ne sera possible, aucune paix ne sera envisageable, aucun espoir d'égalité des chances et de fraternité ne pourra se concrétiser.


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Published by Régis Hulot - dans Je range ça où
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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