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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 12:14
Pour la première fois, je vais vous conseiller d'acheter l'un de ces centaines de magazines qui envahissent les rayonnages des marchands de journaux. Il s'agit du numéro d'avril 2009 de Sciences et avenir. En dehors des articles qu'on trouve dans ce genre de publications, et d'un article qui présente un nouveau scénario pour les origines de l'Univers (sujet passionnant mais sur lequel on n'a jusqu'ici que des informations non confirmées), vous pourrez lire un article -- appuyé par un DVD pour les amateurs -- extrêmement intéressant sur le drame silencieux qui se joue dans ces champs et ces vergers qui sont la première source de notre alimentation. Les abeilles (et les pollinisateurs sauvages) ont pratiquement disparu de certaines régions du monde, et sont également en train de dépérir chez nous. La disparition, c'est sur le continent nord-américain où les agriculteurs paient de plus en plus cher pour obtenir des apiculteurs l'installation de leurs ruches dans leurs champs afin de faire le travail gratuit et indispensable que faisaient les abeilles depuis la nuit des temps. Et cela ne semble pas suffire. La raréfaction, c'est dans nos champs en France comme dans le reste de l'Europe où les abeilles sont détruites dans des proportions incroyables dans certains lieux ou certaines circonstances (jusqu'à 90% de perte en quelques mois).

Des centaines de chercheurs de toutes sortes se penchent sur le problème, afin de répondre à la détresse des apiculteurs dont l'activité est certes en péril, mais qui savent mieux que quiconque l'utilité de leur travail -- et de celui de leurs petites protégées. Et les réponses arrivent: monoculture intensive qui appauvrit les sources de nourriture des abeilles, parasites et champignons opportunistes qui profitent de l'affaiblissement global des défenses des ruches, fongicides, insecticides et herbicides chimiques dont le cocktail empoisonne les insectes, et bien sûr ces semences génétiquement modifiées qui produisent leur propre insecticide et dont, malgré les dires des fabricants, on ne contrôle plus vraiment les effets.

Le Sénat va, dans les jours à venir, se saisir d'un plan d'urgence pour tenter de mettre en oeuvre une procédure de protection des abeilles. A lire, comme à écouter ce matin sur France-Info un dirigeant de l'AFSA (agence française de la sécurité alimentaire), on se dit que dans ce cas d'urgence comme dans bien d'autres il y a lieu de se hâter lentement. Et surtout de le faire en tenant compte des multiples intérêts en jeu, à commencer par ceux des marchands de mort lente que paraissent être les producteurs des produits chimiques déversés par millions de tonnes dans les champs de par le monde.
Pas question de prendre tout de suite des mesures conservatoires brutales dès que le doute s'installe, pas question de contrarier les Bayer, les Monsanto et autres Cargill dont la force de frappe financière est autrement puissante que celle des associations d'apiculteurs. On va donc étudier, étudier, et étudier encore. Peut-être jusqu'à ce que le sujet d'étude soit définitivement mort...

Pourquoi s'alarmer? La science finira bien par trouver une solution... Et même si les abeilles disparaissent, entrainant des conséquences qui seraient pires que ce que nous permet notre imagination pourtant fertile, ne peut-on imaginer qu'il est bien plus important de préserver les intérêts à court terme de ceux qui mènent le monde dans une course qui fait de plus en plus penser à certain tableau de Brueghel...

Il est midi. Il fait frais et très beau aujourd'hui. Je vais faire un tour dans le jardin. Le poirier est en fleurs, en plein soleil. J'ai essayé de compter les abeilles venues profiter de cette occasion de faire leur marché, tout en préparant les fruits de l'été. Une dizaine tout au plus simultanément.

Où sont les autres ?

Faites de beaux rêves.



 

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Published by Régis Hulot - dans Serais-je "écolo"
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commentaires

sonja 04/05/2009 15:14

Ca, c'est une vraie plaie ! Pas les abeilles. Les faiseurs de magie à la minute à tous les niveaux. Ils nous promettent à chaque instant le Paradis, mais vont toujours plus en avant dans leurs prétentions. Leurs intérêts avant tout. L'argent est le grand meneur de jeu dans ce système où ils est interdit à la majorité de l'humanité de donner son avis. La majorité même des batailles contre la poignée de petits décideurs. Lorsqu'on a une machine à sou, tout es possible. Ces imbéciles ne semblent pas avoir de descendance.Couper la branche sur laquelle on est assis, faut être tout de même bête.Ormis les bienfaits de tous ces insectes sympathiques, l'abeille est d'une telle générosité. Un rayon de miel, qu'est-ce que ça peut être bon !L'intelligence pratique est ce qui fait le plus défaut à l'homme. C'est le moi qui prime. Là aussi, à tous les niveaux.Bonne soirée

Régis Hulot 05/05/2009 10:36



Sur l'aveuglement des êtres humains, on peut lire l'entretien donné par le philosophe Jean-Pierre
Dupuy dans le dernier numéro de Téléram (moi aussi, je
me cultive!). Selon lui, les hommes, pour être certains que la catastrophe
peut arriver, sont contraints de la provoquer. Un peu comme celui qui courrait face
à un mur et qui devrait se fracasser contre lui
pour être sûr que c'était la seule hypothèse convenable...

Loin d'être pessimiste, il dit "qu'il faut garder les yeux sur le scénario du pire. Parce qu'il est inéluctable, on est forcé d'agir".

Je vous conseille d'aller vous régaler à cette lecture qui peut nous redonner un peu
de tonus alors que nous aurions toutes les raisons de nous morfondre.

A bientôt.



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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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