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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 10:46
Des Allemands, des civils comme des militaires, ont résisté au nazisme, dès le début, dès les premiers mois, et jusqu'à la fin de ce régime monstrueux. Et beaucoup d'entre eux l'ont payé de leur vie, après être passés dans les griffes des tortionnaires des divers et nombreux services de sécurité. On peut le dire, ce sont des êtres physiquement brisés mais moralement intègres, des fantômes sanguinolents qui ont péri par la corde, la fusillade, la guillotine ou la hache - odieux fantasme d'un système hanté par la barbarie.

Les témoins de cette époque ont presque tous disparu, mais il nous reste leur témoignage, et en particulier ce livre que je viens de finir, vers les trois heures du matin. Seul dans Berlin de Hans Fallada qui nous raconte, avec une sorte de naïve simplicité, la vie, à partir de juin 1940 (date de la victoire de l'Allemagne sur la France), des habitants d'un immeuble ordinaire à Berlin. On y trouve un vieux juriste qui vit, reclus, au milieux de ses livres tout en agissant à sa façon contre le système d'oppression; une famille de nazis fanatiques, violents et arrivistes; un contremaître taciturne et sa femme dont le fils meurt au front et qui vont décider de résister avec des moyens dérisoires, leurs moyens; une juive à demi ruinée par les persécutions, dont le mari a été arrêté, et qui subira aussi la violence des nazis. Autour d'eux, d'autres personnages, leur famille, leurs voisins ou leurs camarades de travail, et les policiers qui traquent les héros de cette "aventure". Mais ce livre est surtout un parcours entre une réalité et un sentiment qui sont partout, et à tout instant: la misère, et la peur.

Car, au fond, ce roman-témoignage ne fait que raconter une monde où la misère est de tous les instants. A chaque page, ou presque, on sent en filigrane la difficulté qu'ont ces habitants de Berlin à trouver à manger, ces gens dont les repas sont à base de pommes de terre et qui vont un jour acheter un landau d'occasion que le vendeur veut se voir payé en morceau de lard et en margarine. Mais, dans les bureaux des dignitaires, souvent situés quelques étages au dessus des chambres de torture et des cellules des prisonniers, on fait bombance, et le vin et la schnaps coulent à flot à la première occasion.

La peur, une peur froide, est aussi omniprésente. Peur de la police aux multiples services et ramifications, peur des hommes de main des organisations politiques nazies, peur des voisins qui sont autant de délateurs potentiels, peur de sa propre famille et de ses amis dont on craint les bavardages intempestifs, peur des collègues de travail... On est toujours susceptible de faire l'objet d'une enquête sur ses activités (mais en a-t-on dans un tel monde?) à la suite d'un simple contrôle d'identité dans la rue ou ailleurs, on est toujours suspect aux yeux de ceux qui ne portent pas l'uniforme - noir, brun, ou autre - qui, lui-même, n'est pas une garantie absolue.

En lisant ce livre, je n'ai pu m'empêcher de faire mentalement le parallèle avec un autre roman, qui se voulait à la fois vrai et inventé, le 1984 de George Orwell. Entre les deux, une seule différence: Orwell écrivait en 1948 un roman dont il pensait qu'il deviendrait un jour une réalité, Fallada décrit une réalité qui a beaucoup de similitudes avec les prémonitions d'Orwell...

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Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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