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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 14:17
Je vous ai invités à aller lire, sur le site du Monde, les déclarations de Julien Coupat qui vient d'être remis en liberté, enfin, une liberté avec un gros élastique à la patte car il ne lui est pas laissé trop de possibilités de mouvement, et pas question d'aller voir ses amis restés en Corrèze (le département de Chirac et de Hollande - on en étoufferait de rire) ou de rencontrer ceux qui sont, comme lui, soupçonnés d'être de dangereux terroristes.

Je ne vais pas aller au fond du fond des choses, je veux parler du terrorisme réel ou supposé, des buts avouables ou inavoués de notre ministre de l'intérieur (de plus en plus raide, de plus en plus martiale, de plus en plus crispée), et des petits arrangements entre amis et ennemis sur le dos des malchanceux (Coupat et quelques autres). Je ne veux qu'extraire cette courte citation qui m'amuse, si on peut en rire. Coupat évoque d'abord les circonstances de son "arrestation":

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.

Tout ce cirque, tout droit sorti des séries télévisées de seconde zone tout juste bonnes à être vendues aux lobotomisés que nous sommes censés être, des "Robocop" aux autres "Terminator", en passant par les caricatures de police scientifique qui ne sont que prétexte à violence et voyeurisme, tous ces spectacles aussi dégradants qu'inutiles et qui font se pâmer nos super-flics, tout ce cinéma n'est pas pour nous surprendre. Il faut dire que pour avoir l'air d'être ce qu'on est, pour impressionner le docile porteur de caméra qui se croit journaliste, pour frapper de stupeur le suspect dont on attend qu'il avoue immédiatement son crime, il faut s'en donner les moyens et montrer, même symboliquement, qu'on est de la catégorie des gars "qui en ont", qu'on est de ceux qui "savent donner des coups et en recevoir", bref qu'on est du nombre des "sévèrements burnés" - mentalité pas si différente de celle des voyous pour qui la violence est, hélas, l'essentiel moyen de communication avec autrui.

Vous le savez, Hulot s'est depuis longtemps intéressé aux problèmes que pose l'insécurité routière. Et apprendre que des fonctionnaires dans l'exercice de leur activité, se déplacent dans des bolides "roulant à plus de 170 km/h de moyenne sur nos autoroutes", l'étonne, le chagrine, l'interroge quelque part au niveau de son vécu. Faut-il comprendre que, alors même que le gibier est pris, et qu'il semble qu'il n'y ait plus aucune raison de foncer sur lui pour le (sur)prendre, et qu'on va disposer d'au moins quatre jours (soit 96 heures, ou 5.760 minutes) pour l'assommer de questions, on s'imagine encore dispensé du respect de la loi commune, dont le seul but, faut-il le rappeler, est d'assurer la sécurité de tous, et des autres usagers de la route.
Et qu'adviendrait-il si, par extraordinaire, l'excellent conducteur du puissant bolide devait perdre le contrôle de son véhicule, et devait porter atteinte à l'intégrité d'un tiers, de son prisonnier, voire de sa propre personne?
Imaginons un bref instant l'accident, l'accident bête qui-n'avait-aucune-raison-d'arriver, le "terroriste" tué ou si gravement blessé qu'il ne peut plus rien apporter à l'enquête, et le compte à rebours qui continue, et l'attentat programmé qui menace, et la "source" définitivement tarie, et les milliers de victimes qui vont inéluctablement faire les frais de l'euphorie passagère d'un gars qui en a, d'un vrai mec, d'un super-agent qui vient de réussir l'arrestation de sa vie, sans une bavure, sans un coup de feu, juste un peu de "casse" au mobilier, juste quelques bourrades dans les côtes, la clé au bras un peu appuyée -"arrêtez, vous me faites mal"-, la fille sortie à poil du lit où elle dormait et les quelques plaisanteries salaces qui vont avec... Et c'est l'accident, et c'est l'échec de l'opération, pourtant préparée de main de maître et depuis si longtemps par des personnels de toute confiance, et c'est l'effet de la bêtise, cette bêtise qui colle à la peau de tous ces paranoïaques du "terrorisme"... Faut-il parler d'effet Rainbow Warrior?

Dieu merci, Coupat et les siens ne sont pas des terroristes (puisqu'ils sont tous en liberté, et qu'aucun n'a encore fui vers l'Albanie, la Corée du Nord, ou l'Iran). Dieu merci, Coupat et les siens ont été transportés par des voitures dont les conducteurs ont eu de la chance. Dieu merci, il va bien se trouver quelques magistrats à la fois courageux et intelligents pour remettre les choses d'aplomb. Des magistrats courageux et intelligents, et pas un ministre de l'intérieur qui avouera son erreur, pas un président de la république qui prendra un peu de recul (vu que pour le courage, on l'attend toujours sur la dalle d'Argenteuil, et sans ses 40 gardes du corps), pas ces députés qui en sont encore à voter leur Nième loi sur la sécurité dans le seul but de sauvegarder leur indemnité et leur circonscription au prochain scrutin.

Allez, Julien, fais tout de même de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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