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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 18:58
Il paraît qu'il n'y a pas de tabou pour le Premier ministre. Avec lui, on peut parler de tout, et lui-même ne s'en prive pas, du moins quand son employeur lui laisse la parole.

Bref, parlons de la retraite, des retraites, du "problème des retraites".

A une époque, j'ai cru que j'étais un futur retraité. Je me trompais. Au fur et à mesure que je crois me rapprocher du jour où je pourrais aller à la pêche, me promener le long de la plage ou de la rivière, m'asseoir sur un banc dans le seul but de regarder passer le temps, je m'en éloigne car on recule le jour où j'aurais droit à ce repos (bien mérité?), juste avant d'avoir droit à un repos éternel auquel nul n'échappe.

Il est incontestable que l'espérance de vie augmente, et surtout qu'on vit mieux
aujourd'hui, à un âge relativement avancé, qu'il y a quelques années ou quelques décennies. Il est incontestable... en écrivant cette formule, je me demande si vraiment c'est "incontestable". Pour certains, c'est vrai, et il ne manque pas d'exemples de vieillards dont le tonus ferait envie à ceux de la génération qui les suit.
Mais on oublie qu'on ne voit que ce qu'on nous donne à voir. Ayant eu la chance de fréquenter il n'y a pas si longtemps (et il y a aussi une quarantaine d'années) un de ces lieux où on peut passer, après une opération, quelques semaines de convalescence, j'ai été amené à constater que beaucoup de nos contemporains la vieillesse reste, selon le mot célèbre, "un naufrage". Combien de gens survivent, pour le tout petit nombre qui vit, combien de gens usés pour quelques uns encore vaillants!

Et c'est bien ainsi qu'il faut poser le problème de la retraite, sous la lumière crue de la réalité du monde et non sous les projecteurs qui ne mettent en valeur que ces hommes et ces femmes qui, malgré leur soixantaine, ou leur soixante-dizaine (ou plus - ou pire), ont encore bon pied, bon oeil, et ne demandent qu'à poursuivre leurs activités.
Car partir en retraite, c'est bien souvent, voire très souvent, relâcher enfin l'effort pour vivre enfin, échapper à la contrainte quotidienne d'horaires décalants sinon décalés, tenter de trouver un peu de temps pour soi, enfin partagé avec les autres. Et puisqu'il est question de "dégraissage" chez Michelin (et chez tant d'autres) en ce moment, sachons que partir en retraite pour les ouvriers de cette entreprise, cela veut dire qu'on ne prendra plus son poste à 5h30, après une heure ou une heure et demie de transport en autocar, c'est à dire ne plus se lever à 4 heures du matin, mais cela une semaine sur quatre, car les changements d'horaires font partie de la vie de ces ouvriers dont il est urgent de se débarrasser.

Alors, travailler jusqu'à 67 ans, ou peut-être 70 ans, ou même sans limite d'âge ou de durée?
Parce qu'on aurait plus les moyens de payer les retraites, ou parce qu'on vit de plus en plus vieux? Allez savoir...

Plus les moyens. Ça, c'est du Laurence Parisot tout craché, du "remettre les Français au travail", du "vérifier les congés de maladie pour tout le monde", du "faire la chasse à tous ces feignants qui se la coulent douce aux frais de ceux qui travaillent..."

Et si on réfléchissait un peu à la répartition des fruits du travail, si on se demandait comment certains peuvent bénéficier de retraites en or massif, tandis que d'autres, les plus nombreux, devraient attendre, attendre, et encore attendre.

J'ai parlé de repos, de celui auquel j'aurais peut-être droit avant d bénéficier d'un repos éternel (sur la qualité duquel je manque de précisions). Je me demande si l'idée qui se cache derrière un âge de la retraite toujours repoussé ne serait pas de nous faire bosser jusqu'à ce repos éternel, autrement dit jusqu'à notre dernier souffle, jusqu'à ce qu'on en crève.

Marche ou crève, disait-on dans la Légion.
Et maintenant, marche ET crève?




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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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