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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 21:00
On en a parlé ce matin à la radio, et il semble que le sujet vaille qu'on s'y attarde un peu.

EDF, notre EDF, Electricité de France, le fleuron de notre industrie, emprunte, directement auprès des particuliers, un bon milliard d'euro pour financer ses investissements.

Pourquoi cet emprunt, alors qu'EDF est déjà très lourdement endettée?
D'abord parce que toute entreprise de cette taille passe son temps à emprunter et à rembourser, elle "gère" sa dette, elle fait appel aux investisseurs pour financer ses projets. Si on voulait y regarder de près, on verrait que des entreprises comme Air-France-KLM, EADS, Arcelor-Mittal, et tant d'autres, sont en réalité criblées de dettes, mais que cette dette fait partie de la gestion normale. Il ne faut pas oublier que le capital social d'une entreprise s'analyse comme un dette vis à vis des actionnaires, et que de nombreuses entreprises empruntent aujourd'hui pour rembourser par anticipation une dette plus ancienne parce qu'elles y ont intérêt du fait de la fluctuation des taux et des conditions générales du marché.
Donc, un emprunt, pourquoi pas?

Mais EDF est très endettée. Et le sera encore davantage demain, car les faits sont têtus, et les dirigeants de cette grande entreprise savent bien qu'arrivent des échéances douloureuses, celles du démantèlement des centrales nucléaires arrivées en fin de vie, et celles du renouvellement des moyens de production d'électricité. Car EDF risque fort de payer son enthousiasme (et celui de tant d'autres "décideurs" à courte vue) pour le nucléaire, pour l'électricité abondante et bon marché, pour le chauffage électrique et autres âneries assez peu dignes d'ingénieurs des Mines qui semblent avoir oublié les lois fondamentales de la thermodynamique.
Et pour affronter les difficultés, il faut de l'argent.

Et EDF emprunte auprès des particuliers. A un taux qui parait convenable, sur une durée relativement courte, ce qui réduit le risque pour les prêteurs qui vont se précipiter, n'en doutons pas, aux guichets des banques.
Et c'est là qu'il faut vraiment s'interroger sur la stratégie d'EDF vis à vis des particuliers, des citoyens que nous sommes. Car pour cette entreprise, qui aurait pu trouver son milliard ailleurs et à des conditions aussi bonnes, il est très important de s'assurer de sa bonne image auprès de la population. Il faut montrer à quel point on a le souci des gens (rappellez-vous l'idée de l'Union des Gens aux dernières élections), qu'EDF est aussi et surtout "leur" entreprise, que ce sont "tous les Français" qui soutiennent la politique énergétique d'EDF (confondue ici avec celle de la France) et y donnent leur adhésion, et que c'est dans un grand élan national que chacun apporte son obole à la grande cause qui est offerte.
Dans quelques années, en effet, quand nous en serons à la croisée des chemins, qu'on découvrira que le tout nucléaire était une folie, que des centaines de milliards ont été engloutis dans une industrie sans avenir alors que nos voisins avançaient à marche forcée dans la direction des énergies renouvelables ou non fossiles, il ne sera pas si facile d'expliquer aux gens pourquoi et comment le prix du kwh passe du simple au triple, pourquoi et comment ils auront le choix entre ne plus pouvoir se chauffer et abattre leur maison, pourquoi et comment les mensonges de "ceux qui savaient mieux que tous les autres" ont permis la constitution de fortunes privées et de pôles de pouvoir exhonérés de tout contrôle.

Toute cette stratégie de communication relève à mes yeux d'une grande perversité.
Car je serais volontiers de ceux qui pensent que les entreprises publiques appartiennent aux citoyens avant d'appartenir à l'Etat, qu'elles sont le produit de l'effort et de la demande collective, qu'elles sont la preuve d'un désir de bâtir ensemble une société plus efficace et plus harmonieuse. Et c'est pourquoi, si j'avais trois sous devant moi, je les mettrais volontiers à la disposition d'une grande entreprise française ou européenne...
Mais EDF n'est plus, et depuis longtemps, et le sera de moins en moins, une grande entreprise nationale. Il y a belle lurette que, si elle appartient encore pour partie à l'Etat, elle n'est plus du tout dans le patrimoine des Français, ou des Européens, puisqu'il convient de voir les choses selon les bonnes perspectives. Et tout le monde sait désormais qu'EDF est gérée comme une entreprise privée, et que le but du jeu est de produire pour le moins cher possible, de vendre le plus cher possible, de dégager les prfits les plus élevés possibles, et de les distribuer au plus petit nombre de gens possible.

Ne reste plus qu'à attendre qu'un ancien ministre des finances, aujourd'hui titulaire des plus hautes fonctions, déclare qu'EDF ne sera jamais privatisée, et nous saurons à quoi nous en tenir.

Faites de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans Serais-je "écolo"
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commentaires

capacité d'emprunt 18/06/2009 16:20

Ca donne envie d'investir dans les emprunts EDF... Surtout quand on voit que leurs rendements ne sont pas forcement si avantageux que ca:http://www.lesechos.fr/patrimoine/banque/300353980-l-emprunt-edf-4-5--est-il-avantageux--.htm

Régis Hulot 19/06/2009 09:19



Le problème que pose cet emprunt, en dehors
de ce qu'il peut rapporter (brut et net, en dehors de tous les choix fixcaux
offerts), c'est celui de la vision de l'avenir qu'on se donne et qu'on souhaite
offrir aux générations à venir.
Productivisme échevelé, c'est à dire perpétuelle
accélération vers un avenir catastrophique, ou harmonie
avec la nature et son rythme immuable qui lui permt
d'évoluer en préservant toutes les possibilités de choix...



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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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