Imaginons qu'on réfléchisse...

"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.
Mercredi 8 juillet 2009
Je dois bien avouer que je ne m'y attendais pas, et que même cela ne m'intéressait pas le moins du monde. Savoir si Robert Louis-Dreyfus était en excellente santé, fatigué, malade, ou mourant n'était pas dans mes préoccupations... Quant à savoir qui allait être le futur entraineur de tel ou tel club de foot, l'OM en cette occurrence, ou combien allait être payé le transfert de tel ou tel joueur d'un club à l'autre, cela me semblait tellement indécent que je préférais penser à autre chose.

Mais si je parle de ce qui est, au fond, un non-événement, c'est qu'on en parle, et en des termes bien étranges.

J'ai donc entendu cela : "RLD" est un homme d'affaires suisse, cinquième fortune française... J'avoue avoir du mal avec les fortunes, et avec la nationalité de certains individus ou de certaines sociétés. Les fortunes qui, comme on sait, se font rarement en application des principes évangéliques, et les nationalités qui sont parfois étonnantes du fait de certaines (tentatives de) naturalisations folkloriques. Par exemple, notre nanoprésident compte parmi ses amis un gars qu'il est français, qu'il était peut-être belge avant, qu'il est résident suisse ou monégasque parce qu'il y a tout de même des pays où qu'on respecte l'argent qu'on a gagné rien qu'avec ses efforts ah! que, qu'il voulait redevenir belge comme papa, et qu'il devait rentrer fiscalement en France, qu'on n'y comprend plus rien sauf que du côté des sous le mieux c'est tout de même de les garder pour soi, sauf qu'il faut être généreux de temps en temps et bien le montrer qu'on a aussi un coeur, ah! que.

"RLD" était un passionné de sport, et il en pratiquait lui-même plusieurs... Voilà qui est bien intéressant, et on est bien heureux d'apprendre que l'un de ces happy few qui régentent le monde ne détestait pas sauter dans un avion pour aller faire deux heures de ski en Suisse ou aux USA, ou faire un parcours avec un excellent ami sur l'un de ces merveilleux 18 trous qui flanquent les hôtels de classe internationale, sans oublier que ces menus plaisirs ne sont possibles que dans la mesure où d'autres triment à longueur d'année (voir Bilan social au Brésil) pour "créer de la valeur" qui sera gaspillée de cette façon.

"RLD" avait investi plus de 200 millions d'euro dans l'OM, mais uniquement des fonds provenant de sa fortune personnelle et non de ses sociétés... On n'est pas plus drôle.
Ce monsieur dépense une petite fortune (200 millions, pour la cinquième fortune de France, c'est peut-être beaucoup, mais certainement pas assez pour vous faire mettre à la porte de la banque, qui d'ailleurs appartient sinon à votre frère, du moins à votre cousin) pour une danseuse, ce qui, au fond, est sans intérêt, mais on lui rend hommage en précisant que ce ne sont pas les sous de ses entreprises. Encore heureux! Et sans oublier qu'il a tout de même été condamné (mois d'un an en appel, avec sursis, et 200.000 euro d'amende) justement pour avoir été auteur ou complice de divers détournements ou abus dans la gestion de l'OM. Un parfait honnête homme, pourrait déclarer Nanard, alias B. Tapie.


Robert Louis-Dreyfus était donc l'un des rejetons d'une famille de négociants, armateurs, banquiers, et capitaines d'industrie qui, une dynastie née à la fin du XIXème siècle. Il vient de mourir des suites d'une leucémie, nous dit-on, une maladie dont les développements peuvent être longs et douloureux, pas de quoi rire. Il y a encore quelques jours, il prenait encore des décisions importantes, voire cruciales, pour cet OM dont le destin semble dépasser celui d'une ville ou d'une région. Et on ne semblait pas savoir, quand on les commentait, dans quel état se trouvait celui qui était aux commandes.
Ou on le savait, mais, une fois de plus, la loi du silence semblait devoir s'imposer.

Bel exemple de respect du citoyen, ou du lecteur-auditeur des commentaires éclairés de cette gent journalistique qui fait la pluie et le beau temps du l'opinion.

Mais déjà, on parle d'autre chose. De cet autre événement sportif planétaire, le Tour de France, la "grande fête du vélo" - et de l'industrie pharmaceutique...



Par Régis Hulot - Publié dans : Brut de décoffrage - Communauté : NO COMMENT et COMMENT
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