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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 19:42

Chère Alexia,

 

Vous avez bien fait d'évoquer la très faible "espérance de vie" des moniteurs dans leur travail. Je vous rassure tout de suite, il ne s'agit pas du temps qu'ils mettent à passer de vie à trépas, mais de la durée pendant laquelle ils exercent ce métier d'enseignant d la conduite et de la sécurité routière. En gros, on demeure moniteur de conduite pendant CINQ ANS, et ensuite on cherche autre chose. Mais pourquoi donc si peu longtemps, alors même que c'est le plus souvent la collectivité (via les divers financements de la formation) qui supporte une charge relativement lourde, qui peut représenter aujourd'hui au moins 5.000 euro. Une telle somme pour former des gens qui n'exerceront leur métier que pendant si peu de temps, on se demande où c'est "rentable".

Raison N°1. Les apprentis moniteurs sont rarement des gens qui ont aimé l'école, et que l'école a aimés. Je veux dire par là que beaucoup d'entre eux n'ont pas eu des résultats extraordinaires alors qu'ils fréquentaient l'école, et que de ce fait cette école, au sens large du terme, n'a pas eu pour eux des égards particuliers, ceux qui sont réservés aux excellents élèves à qui leurs maîtres essaient d'ouvrir des perspectives plus larges et plus satisfaisantes.

Or, pour enseigner, il n'est pas déconseillé d'avoir aimé apprendre...

 

Raison N°2. Un moniteur, bon ou mauvais, commencera son activité professionnelle au niveau du SMIC, majoré de quelques dizaines de centimes si son employeur est généreux. Et cette rémunération restera d'une presque totale stabilité durant des années et des années, sauf si l'auto-école est particulièrement bien gérée ou a la chance d'être dans une zone où les revenus des (parents d') élèves sont assez confortables pour ne pas rechigner sur quelques heures supplémentaires, et payer les factures à l'heure. Encore que le plus souvent le bénéfice supplémentaire est réservé à l'employeur. Donc, SMIC au début, SMIC à la fin.

 

Raison N°3. Bien sûr, on peut gagner plus, encore faut-il travailler plus. Par exemple, préparer et obtenir, outre le permis A (moto), la mention qui permet d'enseigner la conduite d'une moto, et tout cela est loin d'être gratuit. Ensuite, on pourra enseigner, payé un peu plus cher, à condition de prendre avec joie la responsabilité de former(?) des jeunes gens qui seront pour une grande partie les clients des services de traumatologie orthopédique des hôpitaux.

 

Raison N°4. Pas beaucoup de perspectives de carrière pour un moniteur. Très vite, il s'apercevra que son employeur préfère lui donner les tâches difficiles ou ingrates, et se réserver ce qui est moins fatigant. A moins que ce ne soit ses collègues, en particulier ceux qui peuvent s'enorgueillir de la fameuse mention moto, celle qui vous place sur le dessus du panier...

 

Comment s'étonner alors que tant de jeunes enseignants soient pris d'un certain vertige quand se présente la perspective de 30 ou 40 années à faire invariablement la même chose. D'autant plus que la formation continue, l'ouverture sur d'autres méthodes, l'appel à d'autres domaines de compétences n'est pas monnaie courante dans cette profession.

 

A moins de devenir soi-même exploitant... avec formation payante à la clé. A moins de devenir formateur de moniteurs... avec formation payante à la clé. Et dans les deux cas, la route sera semée d'embûches

 

Faites de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans Sur la route
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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