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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 06:19
Au début de l'été, j'ai donc fait ma petite provision de papier imprimé, comme je crois l'avoir déjà dit ici. Et cette année, j'ai choisi le thème des livres qui avaient servi de supports à des films, films que j'avais eu l'occasion de voir ou de revoir, et livres que je n'avais pas lus. Ainsi, j'ai pu vous parler des Misfits, avant d'évoquer Autant en emporte le vent (un pavé en trois volumes, il me faudra un peu de temps) ou Les révoltés de la Bounty, et je vais dire un mot du Guépard, le livre de Giuseppe Tomasi di Lampedusa dont Visconti a tiré son magnifique film avec, entre autres, Alain Delon (pas si bon que cela, mais est-ce vraiment un acteur?), Claudia Cardinale (resplendissante), et Burt Lancaster (plus princier et plus crépusculaire encore que son personnage).

Le Guépard... animal plein de grâce et de fragilité, redoutable sprinter qui, pourtant, doit renoncer près de neuf fois sur dix face à des proies plus résistantes ou plus endurantes, promis selon les savants à une disparition à court terme du fait de sa faible capacité à s'adapter aux conditions de vie qui lui sont faites aujourd'hui.
Le Guépard... métaphore de la disparition, du naufrage, du crépuscule où va disparaître une monde, peut-être une civilisation, celle des grands espaces où chasseurs et chassés se guettent inlassablement sans que jamais ni les uns ni les autres n'aient le dernier mot.
Le Guépard... celui qui orne les murs des palais des princes de Saline, une des ces
dynasties qui règnent sur une Sicile qui a su rester elle-même au cours des siècles, et qui pourtant semble menacée par la marche inexorable du temps.

Tout est lenteur dans ce livre, tout est retenue, alors que le soleil semble marteler inlassablement un sol et des hommes qui paraissent accepter ce sort à la fois injuste et éternel. Tout est regret, ou nostalgie, chez cet homme qui porte sur ses épaules des siècles d'immobilisme orgueilleux, mais pourtant capable de décisions qui épouvantent ceux de sa caste. Tout est naufrage pour une caste qui est morte depuis longtemps mais que quelques bals, quelques cérémonies gardent dans l'illusion de la vie.

Que dire d'autre que, dans un style parfois précieux, parfois d'une étonnante simplicité, l'auteur, arrière petit-fils de l'homme qu'il met en scène, nous fait partager le quotidien à la fois rigide et familier d'une société qui a désormais disparu; qu'il nous est difficile de ne pas partager les doutes, les inquiétudes, parfois les entêtements d'une caste qui meurt mais qui malgré tout croit en elle-même et ne veut pas renoncer; qu'il est vain de regretter un paradis perdu, paradis dont nul ne peut savoir s'il a jamais existé, alors même que la marche du temps nous précipite dans un avenir de tourmente...

Un magnifique livre, qui a engendré un film qui ne lui enlève rien. Une réussite. Un pur moment de plaisir que je vous invite à vivre aussi.


Le Guépard. Giuseppe TOMASI DI LAMPEDUSA. Ed. du Seuil. Coll. Points. Nouvelle traduction de l'italien par Jean-Paul Manganaro. Nouvelle édition et postface de Gioacchino Lanza Tomasi.



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Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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