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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 09:27
Difficile de ne pas voir, dans notre périple normand d'il y a quatre jours, ces panneaux qui annonçaient à la fois la "grève du lait" et des distributions gratuites.

Et hier soir, ces images des tonnes à lisier qui épandent, sur fond de Mont Saint Michel, des milliers de litres de lait.
Et le le regard de ces hommes et de ces femmes qui sont certes heureux de se voir nombreux, mais où il y a comme une ombre de honte à jeter ce liquide si précieux, si symbolique, alors que tant de gens, dans leur propre pays, ont faim - d'ailleurs, ils le disent.
Et ces gens qui travaillent entre 8 et 12 heures par jour (sept jours par semaine) pour un revenu qui n'atteint pas le RMI, et qu'éconduisent plus ou moins fermement hauts fonctionnaires et ministres qui proposent, comme une aumône, de réunir les banquiers (les distributeurs de stock options à leurs dirigeants, de bonus à leurs traders) pour que ceux-ci soient compréhensifs et accordent quelques jours de trésorerie supplémentaire.
Et la rengaine de la concurrence libre et non faussée reprise par les bureaucrates "européo-apatrides", les "expatriés hors taxes de l'intérieur", les idéologues de l'hyper-libéralisme qui auraient, tout autant, enfourché les doctrines stalino-étatiques si tel avait été leur intérêt, qui, aujourd'hui, n'ont à proposer que la "prime à la casse"... et pourquoi pas une bonne cravate de chanvre à chaque péquenot? La solution du "départ volontaire" est déjà en route chez France Telecom, elle se pratique aussi dans les prisons, et on dit que quelques producteurs de lait ont aussi sauté du tabouret. Ils sont bien bons de résoudre ainsi le problème.

Nul doute que la guerre, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, a été déclarée -si tant est qu'elle ait jamais cessé- aux pauvres, immigrés irréguliers, paysans improductifs, salariés en surnombre, tandis que se gobergent les happy few qu'aucune honte ne saurait atteindre.
Au salon de l'automobile de Frankfort, on propose des voitures à plus de 100.000 euro l'unité. Et les vendeurs de ces merveilles (de 0 à 100 km/h en moins de 10, de 7, voire de 5 secondes -à mes yeux, strict succédané érectile) de proclamer haut et fort qu'ils n'ont aucune inquiétude, et "qu'il y aura toujours un marché pour ce genre de voitures."

Faites de beaux rêves, et que la colère me lâche un peu.

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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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frçse 19/09/2009 19:04

Je les ai vus également ces panneaux annonçant la grève du lait; je les avais aussi vus dans le sud-ouest tandis que je descendais vers le Languedoc.Il s'agit bien d'un "mal-être" national qui ne sera sans doute pas entendu mais que l'on tentera de dissimuler sous une nouvelle obole Pourtant les agriculteurs ne demandent pas l'aumône mais la justice, pouvoir  vivre de leur travail; ils ne rêvent pas d'être d'éternels assistés.Combien faudra-t-il de suicides (on serait déjà à 6 dans le seul département de la Manche) pour que nos dirigeants s'intéressent à eux?

Régis Hulot 20/09/2009 11:37



On peut compter sur les aparatchiks de la FNSEA pour sauver ce qui peut l'être, c'est à dire l'excellence des relations entre ce qui fut l'Etat-UDR, puis l'Etat-RPR, aujourd'hui
l'Etat-UMP, et cela depuis que Jacques Chirac a décidé de faire de cette organisation
un des relais du pouvoir de la droite en France.  Il faut dire que ce ne fut pas difficile. Comme l'avait dit un candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle, "les paysans
manifestent le lundi, ils envahissent la préfecture le mercredi, ils mettent le feu à la trésorerie le vendredi, ils montent à Bruxelles le samedi, et le dimanche, ils votent pour le gouvernement
[de droite qui les protègent du communisme].

Aujourd'hui, ils se rendent compte qu'il n'a jamais servi à rien de s'être fait volontairement l'esclave des puissants. Et comme, à la différence des médecins - par exemple, ils n'ont plus
tellement de représentants à l'Assemblée nationale, ils n'ont plus que la possibilité de faire ce que leur disent la FNSEA et le Crédit agricole (premier propriétaire foncier de France pour
garantir ses prêts aux agriculteurs), c'est à dire tendre la main (les médecisn le font aussi, devenus "fonctionnaires" de la Sécurité sociale) ou disparaître.

La Loi du marché veut qu'ils disparaissent. Reste à savoir s'ils choisiront, comme certains en 1943, de disparaître en en faisant payer le prix à leurs prédateurs, ou s'ils suivront sagement
leurs vaches de réforme à l'abattoir.

Et nous irons acheter notre lait ... où ça?



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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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