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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 01:10

J'avais pris la précaution d'acheter les trois volumes d'un coup. Si je n'avais pas aimé, j'aurais été bien puni, ne sachant pas trop quoi faire de tout cela - sauf à espérer revendre le tout au prochain vide-grenier. Mais comme j'ai aimé, beaucoup aimé, j'ai avalé ces trois volumes en quelques soirées bien prolongées jusque tard dans la nuit. D'où les insomnies provoquées, et bien assumées, pour arriver au terme des près de 1500 pages bien serrées du roman de Margaret Mitchell, dans une traduction qui semble ne rien enlever à la puissance du texte original - que j'aurais bien du mal à lire, vu l'état de délabrement de mon anglais.

Tout le monde connaît l'histoire d'amour torride, tout le monde se souvient d'avoir vu au moins une fois le regard perdu d'Ashley, le sourire ironique de Rhett, et les splendides toilettes de Scarlett dans le film qui a été tiré du livre. Tout le monde se souvient aussi du spectacle qui nous est donné des horreurs de la Guerre Civile (que nous appelons de Sécession) qui ne fut pas seulement déclenchée pour offrir la liberté aux esclaves noirs (à voir comment ils ont ensuite été traités par leurs "libérateurs"...). Mais si le film est une réussite, le roman, qui n'est pas trahi à l'écran, semble aller plus loin, et bien plus en profondeur.

Il a le privilège de la durée. On n'écrit pas près de 1500 pages pour ne rien dire, et Margaret Mitchell prend tout son temps pour nous parler de ce Sud qu'elle semble tant aimer.
Elle n'hésite pas à se laisser aller aux descriptions les plus lyriques pour évoquer cette terre rouge de Tara, les allées d'arbres qui mènent aux magnifiques demeures des riches planteurs, les champs de coton qui font la richesse de ce pays. Elle nous emmène aussi au sein de ces réceptions fastueuses qui sont le quasi quotidien de gens qui n'ont que le mal de se laisser vivre, de jouir d'un statut qui leur a été donné en venant au monde.
Mais peu de choses, dans ce livre écrit entre les deux guerres mondiales, sur la situation des noirs, et en particulier sur ceux qui semblent appartenir au prolétariat dont il convient de ne pas parler. On ne peut pas parler de tout.
Elle évoque aussi cette Guerre Civile, première guerre dite moderne du fait des moyens employés, guerre totale, guerre de conquête et de destruction. Le traducteur ne peut en effet pas s'abstenir d'une note de bas de page quand il est question de la marche de Sherman d'Atlanta (qu'il réduit en cendres) à la mer, ne laissant derrière lui que des cadavres et des ruines fumantes. Et ce n'est pas seulement la guerre, ce sont aussi ceux qui la font qui sont sous nos yeux, ces soldats qui souffrent de la faim, du froid, des maladies et des parasites de toutes sortes, et qui trouvent comme une compensation, parfois, à se venger de leur misère en pillant et assassinant plus faibles ou plus misérables qu'eux. Et peu à peu chacun entre dans un engrenage où il perd son innocence et ses rêves.

La perte de l'innocence, c'est bien ce qui arrive à Scarlett O'Hara, qui va passer, en très peu de temps, de l'insouciance d'une jeune fille de seize ans à la dureté d'une femme de vingt qui n'a plus pour seul objectif que d'échapper à la faim et à la misère, quel que soit le prix à payer. Elle reste pourtant poursuivie par le même cauchemar dont elle ne comprend pas le sens, tout comme elle poursuit vainement l'amour en la personne de Ashley qui ne peut répondre à ses sentiments.

Cette dureté nouvelle chez son héroïne ne semble pas partagée par l'auteur. On la sent plutôt tentée de se ranger à l'opinion de ses deux héros masculins, donnant à chacun des deux, selon leur personnalité, une partie des arguments qu'on peut soulever pour condamner la guerre, cette guerre et toutes les autres, puisqu'elles sont la porte ouverte aux débordements les plus vils chez les êtres humains.

Dès le début du livre, on sait que Scarlett finira malheureuse, que les gens du Sud seront vaincus, que Mélanie mourra, que Ashley restera enfermé dans ses rêves, que Rhett fuira sa femme qu'il ne pourra certainement jamais oublier... Peu importe, on entre d'un coup dans cette aventure pour n'en sortir que beaucoup plus tard, tout remué, tout content de ce magnifique voyage.

Faites de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
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commentaires

lambertine 04/11/2009 15:26


A 14 ans, j'ai lu le livre comme un roman de guerre, d'amour et d'aventures. J'ai pleuré à la fin, plus sur la mort de Mélanie que sur la solitude de Scarlett.
35 ans plus tard, je ne peux m'empêcher de voir "Autant en emporte le Vent" comme l'histoire d'une passion dévorante. Mais pas d'une femme pour un homme. D'une femme pour une terre.
A la fin du livre, Scarlett se retrouve seule, mais je ne crois pas qu'elle sera malheureuse. Il lui reste l'essentiel. Tara.


Régis Hulot 04/11/2009 19:15



A peu de choses près - 10 ans - nous aurions le même âge...
Il est vrai que Scarlett n'aime au fond qu'elle-même, et qu'elle aime plus encore l'amour qu'elle a pour sa terre, Tara, comme si elle en était davantage sortie que de sa propre mère. Il faut
dire que la colline de Tara, en Irlande (une sorte de "bosse" dans le payasge qui ne m'a pas tellement impressionné), se veut un lieu symbolique et sacré.
La preuve qu'on construit les êtres humains bien plus avec des symboles qu'avec autre chose.

J'en profite pour dire que cet amour de la terre n'est jamais une haine pour autrui, mais une force qui permet de tout affronter pour assurer la conservation de la source d'où on vient soi-même.
Scarlett ne hait les Yankees que dans la mesure où ils deviennt des envahisseurs et des parasites. Rien à voir avec les épouvantables fantômes qu'on veut ranimer avec cet infect débat sur
l'identité nationale.



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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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