Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 05:48

Même à ceux qui ont voulu, au cours des années 70 et jusqu'à aujourd'hui, suivre d'assez près les tours, détours et retours de la vie politique française, ce livre pourra apporter son lot, non négligeable, d'informations.

Raphaëlle Bacquet, actuellement journaliste au Monde depuis une dizaine d'années, nous fait découvrir l'étrange relation qui a existé, puis qui a doucement dégénéré, entre François Mitterrand (avant et après son accession à l'Elysée) et François de Grossouvre, industriel fortuné qui a consacré, durant de longues années, une bonne part de ses larges moyens à assurer le quotidien et les extras de François Mitterrand. C'est lui qui, comme le raconte l'auteur, réglait systématiquement les notes de restaurant de l'homme politique, mais il était de notoriété publique que François Mitterrand ne faisait jamais même mine de porter la main au portefeuille quand arrivait la note. C'était également lui qui, dans son manoir de province, accueillait le second ménage, et la seconde famille que tout le monde découvrit à l'ancien président de la république dans les derniers temps de son second mandat.

 

Mais là n'est certainement pas l'essentiel. Il est davantage dans l'analyse de la naissance, brutale, de l'amitié de l'un, Grossouvre, pour l'autre, Mitterrand, sans qu'on puisse affirmer qu'un sentiment identique existât de l'autre à l'un. Dans l'analyse aussi de la manière dont Mitterrand écarta peu à peu Grossouvre, tout en lui laissant les tâches dont ce dernier était trop heureux de pouvoir se charger, tout en acceptant au fond les marques de l'attachement qui lui étaient prodiguées. Dans la description, enfin, de l'abandon, de la disgrâce, du bannissement moral dont Grossouvre fut, selon l'auteur, l'objet, et qui amena au geste sans appel du 7 avril 1994, un an avant les élections présidentielles de 1995.

 

Ce jour-là, un vent de panique souffla sur l'Elysée. Et ce que nous voyons, ce qui est raconté sur la base d'une longue enquête, n'est pas à la gloire de ceux qui, toujours préoccupés d'un pouvoir qu'ils savaient perdre à plus ou moins court terme, tentèrent, par des moyens peu glorieux, de construire la vérité dont ils avaient besoin.


Reste Mitterrand... qui ne sort pas grandi de ce livre.


Et qu'à devoir faire, peu à peu, la part du feu, on se demande parfois quel genre d'homme fut celui qui, un jour de mai 1981, embrassa un Pierre Mendès France chaviré d'émotion. (ça se passe, fugitivement, à 2'25'' après le début).

 

 

Nous fimes tous de beaux rêves.

 

 

Le dernier mort de Mitterrand. Raphaëlle Bacqué. Grasset, Albin Michel, éditeurs. Paris 2010.

Partager cet article

Repost 0
Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Régis Hulot
  • : Quelques réflexions sur le monde d'aujourd'hui, avec un brin d'humour quand c'est possible.
  • Contact

Imaginons qu'on réfléchisse...

"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

Recherche

Archives