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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 22:09

Cela vaut la peine, quand on a derrière la tête l'idée qu'il faudra faire le contraire de ce que le premier mouvement vous dicte, de se demander pourquoi, comment, et à quoi cela peut mener.

 

Disons-le d'emblée. Après une bonne quarantaine d'années d'intérêt pour l'Histoire d'hier et le "politique" et le "socio-économique" d'aujourd'hui (à mon modeste et tout petit niveau de citoyen ordinaire), lecteur occasionnel du Monde, du Canard enchaîné, comme de La Croix ou de L'Humanité, et de quelques autres publications qui se veulent et se sont voulues intelligentes, il m'est de plus en plus difficile de me rendre dans un bureau de vote le sourire aux lèvres et l'enthousiasme au cœur. Il y a cinq ans, par exemple, j'ai dû voter pour la candidate socialiste au second tour, non par adhésion, mais parce qu'il fallait bien essayer de battre son adversaire de droite. On imagine mon enthousiasme très relatif, comparable à celui qui m'avait habité au premier tour où j'avais donné mon unique et précieuse voix à Dominique Voynet, candidate des Verts, parce qu'elle avait osé évoquer un problème du quotidien, celui du droit de tout citoyen à disposer de l'eau potable, mais également d'en faire un usage modéré par une variation des prix proportionnelle à l'accroissement de sa consommation. Il faut dire que cinq ans plus tôt, j'avais, comme tous ceux qui se faisaient un devoir de "barrer la route au fascisme", donné ma voix au second tour à celui dont Jean-Marie Le Pen a pu dire qu'il s'agissait d'un repris de justice.

Voilà à quoi tient la décision qui se prend dans l'isoloir...

 

Voter dans quatre mois, choisir un président de la république, peser sur l'avenir de tous pour les cinq ans à venir, peut-être les cinq années les plus dangereuses de la cinquième république, celle qui vont clore, historiquement parlant, le XXème siècle. Quel casse-tête !

 

Voter dans quatre mois, et voter "à gauche", évidemment, mais sous quelle forme ?

 

J'élimine ceux qui se réclament de l'extrême-gauche révolutionnaire, qui ne présente de candidats que pour exister médiatiquement, pour se compter, y compris par rapport aux concurrents directs, mais certainement pas dans une perspective d'exercice du pouvoir. A l'extrême-gauche, la campagne électorale sert à faire parler de soi – pourquoi pas – et à recruter des adhérents.

 

Je pourrais donc voter pour une gauche plus "responsable", celle de Jean-Pierre Chevènement, qui n'a jamais manqué de temps et d'idées pour expliquer au monde entier ce qu'est, ce que doit être, ce que devrait être la gauche, la vraie, la pure, le tout agrémenté de quelques "coups de gueule" bien préparés et bien assénés, pour se retrouver obligé de mendier (et d'obtenir) quelques circonscriptions pour les rares fidèles qui semblent se faire un devoir de maintenir, contre vents et marées, un rite qu'on sait pourtant vide de sens. L'amitié, elle aussi, peut mener à l'aveuglement. Et quand c'est l'amitié, c'est un moindre mal, car souvent, c'est l'intérêt qui prime. Comme tout le monde, les organisations politiques, et leurs dirigeants, ont des factures d'électricité à payer.

 

J'aimerais bien aussi voter pour ceux qui, à mes yeux, expriment vraiment la gauche, le rassemblement PCF-PG (le Front de gauche), et offrent au moins verbalement des perspectives plus réjouissantes que le discours sur la dette, la réduction des dépenses sociales et la baisse du coût du travail. Donc voter pour Jean-Luc Mélenchon. Mais, une fois de plus, quelle peut être l'utilité d'un tel vote, qui exprime des choix en faveur, par exemple, d'une véritable réforme fiscale, et vilipende l'attitude d'un PS passé de la social-démocratie molle au social-libéralisme assumé, alors qu'au second tour, pour "battre la droite", il faudra, comme un seul homme, se "rassembler" derrière la bannière de François Hollande (si jamais il est au second tour, ce qui n'est plus, depuis dix ans, une hypothèse d'école). A défaut de cohérence intellectuelle, on peut trouver là la manifestation d'intérêts souvent collectifs, parfois particuliers, où, fort d'un résultat au premier tour, on peut imposer à ses alliés du second des arrangements pour les futures élections législatives. Quand on est fort, on peut faire semblant de s'accorder six mois avant le scrutin (PS-EELV), quand on est faible, il faut d'abord faire preuve de sa force. Tout cela est bien risqué, et fait peu de cas des discours et des actes des électeurs, même si de basses considération matérielles expliquent ce genre de comportement.

 

Alors, ne reste plus que LE candidat de gauche, le préféré des sondages, celui à qui tout semble promis, y compris une victoire scandaleusement facile. Il faut dire qu'avec l'adversaire qu'on lui imagine et qui a réussi à se faire détester par une bonne moitié des Français, le mérite est relativement moindre.

Mais on ne vote pas "contre" au premier tour, on vote "pour". Pour un homme, ce n'est pas déshonorant, pour des idées, c'est tout de même préférable.

Les idées de Hollande, les idées du PS, quelles sont-elles, hélas, sinon celles des autres partis socialistes européens, qui ont tous mis en œuvre des plans de rigueur dont la fonction est de prélever sur les "travailleurs" (salariés ou tranche inférieure de la classe moyenne) les moyens de reconstituer les profits d'une finance internationale à l'avidité insatiable. Le programme de François Hollande, c'est donc la maîtrise de la dette, la maîtrise des déficits, des prélèvements nouveau ou plus importants sur les plus aisés peut-être, quelques "coups de pouce" aux prestations en faveur des plus démunis certainement, mais déjà des libertés prises avec quelques décisions emblématiques qui auraient marqué une rupture avec le présent. Quid, par exemple, de la volonté de sortir du nucléaire quand on veut poursuivre la construction de l'EPR de Flamanville, et quand on s'engage à maintenir au meilleur niveau la force de frappe nucléaire ? Quid de cet aéroport de Notre-Dame-des-Landes, grand projet de Jean-Marc Ayrault, directeur de campagne de François Hollande (et futur locataire de Matignon?), dont tout le monde sait qu'il ne servira à rien ou à pas grand'chose, mais d'où Vinci, concessionnaire, tirera certainement de juteux bénéfices ? Et quid des pratiques internes du PS, ou des relations parfois sulfureuses entretenues par certains caciques qui exercent encore une influence réelle rue de Solferino ?

 

Va-t-il donc falloir voter pour ceux dont nous savons déjà que leurs actes, à part quelques hochets, seront pratiquement à l'opposé de leurs discours ?

 

Ou allons-nous enfin découvrir que l'élection présidentielle, qu'un stratège de rencontre a voulu déplacer avant le scrutin législatif pour en mieux utiliser les résultats (avec le résultat qu'on sait), n'est pas, et de loin, le moment le plus important de cette période électorale ? Et que nous payons encore cette réforme de la constitution de 1962 qui a, par un moyen qualifié de "forfaiture" par le président du Sénat de l'époque, dénaturé la réalité de la souveraineté nationale en la partageant entre deux instances, l'Assemblée nationale et le président de la République.

 

 

Faites de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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