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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 09:30
J'ai pu regarder hier après-midi le discours du chef de l'Etat, discours dont on nous avait dit qu'il serait consacré au(x) problème(s) de l'agriculture. En fait d'agriculture, nous avons eu droit à tout autre chose.

Une réponse ? Une réponse à cela, à ce qui m'a fait, à plusieurs reprises, froid dans le dos - et je ne parle pas seulement de ce mouvement compulsif de l'épaule si difficile à réprimer, ou de ce faux sourire mi narquois, mi de connivence avec un public à qui on va servir ce qui lui plaît, et qui sait qu'il peut attendre ce qui lui fera plaisir. Je préfère vous donner ici le texte d'une très récente déclaration de Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des Droits de l'Homme.

Laurent Joffrin a raison. Débattre de ce que signifie être français n’a rien de scandaleux. Mais débattre de « l’identité nationale » à l’initiative du gouvernement, est-ce la même chose?

Le dictionnaire nous dit que le mot identité se définit par « ce qui fait la particularité…d’un groupe ». Synonyme : semblable. Antonyme : altérité. Réfléchir à ce qui fait que quelques dizaines de millions de personnes adhèrent, au-delà d’une simple définition géographique, à une communauté est d’une autre nature que de définir ce qui serait les traits d’une  « identité nationale ». La première approche fait place à la singularité de chacun, aux histoires et aux appartenances multiples, individuelles et collectives. En deux mots, au changement et à la liberté. La seconde approche, c’est déjà imposer la solution : une définition à laquelle chacun doit se plier. Et il n’est pas neutre que ce soit un gouvernement et spécifiquement celui-ci qui lance, de cette manière, la controverse.

 

Lorsqu’un pouvoir, quelle que soit sa couleur, se mêle de vouloir définir l’âme d’une société, la méfiance doit être la règle. Si l’instance politique n’est pas étrangère, par principe, à ces débats, puisqu’elle porte une vision de la société, elle ne bénéficie d’aucune préséance et encore moins du pouvoir d’en tirer les conclusions. Tout au contraire, parce que ce qui nourrit ce débat relève de sphère multiples qui recouvrent tous les savoirs et toutes les strates sociales, parce qu’il n’est nul besoin qu’il s’en dégage une conclusion, parce que toutes les positions, même minoritaires, y ont leur place, le gouvernement, d’où qu’il vienne, est l’instance la moins légitime pour mener ce débat et, encore plus, pour le conclure. Et peu importe qu’il s’en dégage une (des) majorité(s) et une (des) minorité(s). Un tel examen ne saurait servir à dégager une doxa. A cela s’ajoute que venant de ce gouvernement, tout est à craindre.

 

On ne s’attardera pas sur la proximité des élections régionales ou sur les aboiements d’un Front National qui se définit de plus en plus comme le concurrent idéologique du président de la République, ce qui en dit long sur le déport de ce dernier. Jeux politiques détestables mais devenus récurrents. On peut, en revanche, s’attarder sur les fondements idéologiques d’une politique, dénuée d’éthique, qui va de la xénophobie d’Etat à l’injustice sociale, qui inscrit l’homme africain hors de l’histoire, ou qui fait de chaque fait divers le prétexte d’un peu plus de police et d’un peu moins de justice.

 

Sauf à se contenter du plus petit dénominateur commun que constituent la forme républicaine des institutions et le suffrage universel, fondement de la démocratie, les valeurs portées par ce gouvernement ne sont pas les miennes : bien plus qu’un débat faussé sur « l’identité nationale », nous avons besoin de mener la confrontation entre des valeurs qui ont, depuis presque toujours, partagé notre pays. A défaut, nous laisserions croire que tout se vaut.

 

Michel Tubiana

Président d’honneur de la LDH

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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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