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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 09:01

Tous mes lecteurs le savent, j'ai une tendresse particulière pour AREVA, cette grande entreprise française qui construit (ou qui voudrait construire) un peu partout dans le monde des réacteurs nucléaires grâce auxquels l'électricité sera aussi abondante que bon marché, réalisant paradoxalement le rêve du camarade Lénine en montrant que “ le bonheur, c'est le capitalisme libéral plus l'électricité ”. On sait aussi que le grande force de AREVA réside dans l'aveugle soutien qui lui est garanti par les différents gouvernements français, toutes tendances confondues, qui en ont fait un des fers de lance de notre politique industrielle et de nos “ grands contrats à l'export ”.

 

Il y a peu, j'avais évoqué, à l'occasion de la diffusion d'une documentaire à la télévision, les difficultés rencontrées par AREVA, et les autres firmes engagées dans cette aventure, dans la construction du premier EPR en Finlande. Du béton non conforme aux ferraillages douteux, des exigences des uns à celles des autres, des conflits multiples au sujet des délais ou des conditions de mise en œuvre du cahier des charges, la situation est telle que, de toutes façons, cette affaire sera un gouffre financier et AREVA aura bien du mal à en faire une démonstration de son savoir-faire. Côté savoir-faire, ce seront plutôt les avocats des uns et des autres qui devront en faire preuve.

 

Comme tout va bien côté EPR, on apprend aujourd'hui que les autorités de sûreté française (pour l'EPR de Flamanville et celui qui doit être construit en Seine-Maritime), anglaise (pour les projets au Royaume-Uni où EDF a beaucoup investi et a aujourd'hui une part importante dans la production électrique) et finlandaise (pour l'EPR dont les finlandais essuient les plâtres) demanderaient une révision de la conception du réacteur! De la conception, vous avez bien lu! Un peu comme si, six mois avant la livraison d'un Airbus A380 les autorités chargées de la sécurité aérienne demandaient que soient revus en profondeur les systèmes de sécurité fondamentaux de l'appareil. On croit rêver.

 

Je ne peux m'empêcher d penser à un autre fleuron de la haute technologie nucléo-française, le fameux Super-Phénix qui devait , lui aussi, nous assurer l'énergie électrique en abondance et au prix de l'eau tiède. Il devait même permettre à la fois de recycler et détruire les déchets des autres centrales, tout en produisant plus de combustible qu'il n'en consommait. La pierre philosophale, doublée d'une rente pour l'éternité.

Il a fallu déchanter. Après avoir englouti les francs par dizaines de milliards (en valeur constante, cela dépasserait certainement les 10 milliards d'euro d'aujourd'hui), il a fallu fermer le fameux réacteur de l'avenir, et revenir à plus sage, ou un peu moins fou. Sans régler aucun problème, d'ailleurs. J'ai bien peur que cette aventure du réacteur “ de la troisième génération ”, resucée de ce qui se faisait avant, ne se termine à la manière de Super-Phénix.

 

Ce qui serait d'ailleurs une bénédiction, quand on considère tout ce qui pourrait être fait dans le domaine de l'efficacité énergétique, des économies, de la production décentralisée, avec les sommes colossales consacrées au nucléaire aujourd'hui. Alors je rêve de cet oiseau mythique qui ne renaitrait pas de ses cendres...

 

Faites de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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