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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 16:09
Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, vient de remettre au président de la République un rapport annuel dans lequel, nous dit Le Monde (le quotidien de la rue des Italiens, comme on disait du temps où c'était un journal "de référence"), il estime à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euro près. 15 millions de personnes, cela fait globalement un habitant sur quatre, une famille sur quatre, dans un pays qui est dans le peloton de tête de la richesse du monde. Je doute fort, vu ses fréquentations et ses habitudes, que le président de la République -- ainsi que la plupart de parlementaires (la plupart, pas tous, j'en suis convaincu) -- imagine un seul instant ce que peut être d'avoir à finr le mois (cette fin qui peut commencer dès le 20) avec en tout et pour tout 100, 50, ou même 20 euro pour arriver au prochain versement sur le compte bancaire.

Pour être sûre de pouvoir parler de ces gens pour qui la misère est une fidèle et quotidienne compagne, Florence Aubenas a quitté sa vie de journaliste (au Nouvel Obs, hélas, diront certains) pour aller chercher anonymement du travail à Caen, ville où elle n'avait ni amis attaches. Et là elle vu ce qu'était cette crise qui jette sur le carreau tous ceux qui sont fragiles, et encore plus fragilisés, ces "précaires" dont on parle beaucoup et qui vivent avec quelques centaines d'euro par mois, qui collectionnent les employeurs pour cause de contrats de travail à temps partiel de quelques heures -- un CDD de deux ou trois heures, cela existe, j'en ai signé moi-même.

Pas d'amertume chez ces damnés de la terre, pas non plus beaucoup de révolte chez cette armée de réserve du capitalisme débridé, tout heureux de voir créditer sur leur compte 150 euro de prime exceptionnelle qu'ils doivent à on ne sait qui pas qui, mais dont ils savent qu'elle est donnée à toutes les familles qui ont la "prime de cartable". Pas non plus de jalousie chez ceux qui se savent définitivement taillables et corvéables à merci au profit d'employeurs qui font suer le burnous, comme on disait, juste quelques rêves dont on ne sait pas s'ils savent qu'ils sont irréalisables.

Florence Aubenas avait décidé qu'elle arrêterait le jour où elle décrocherait un CDI, un vrai contrat de travail. Cela lui a demandé six mois. Elle l'a donc enfin obtenu, ce travail fixe. Une précision, tout de même: il s'agit d'un contrat de travail de deux heures et demie par jour, de 5H30 à 8H00, six jours par semaine, au tarif de la convention collective, soit 8.94 euro brut de l'heure. Environ 400 euro net par mois.

Pas de quoi échapper à cette catégorie des 15 millions condamnés à tirer le diable par la queue.

Faites de beaux rêves.

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Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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