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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:50

C'est à Pumpernickel que je dois d'avoir pu lire le communiqué de presse de la présidence de la République française à la suite du décès de Madame Danielle Mitterrand il y a quelques jours. Cet après-midi, les obsèques de celle qui refusa toujours le qualificatif, aussi vide qu'inutile de "première dame de France", ont eu lieu à Cluny, et nous avons pu voir exposé ce cercueil de bois clair à poignées de corde qui ont, une fois de plus, marqué une dernière fois le cap de toute une vie: simplicité et opiniâtreté.

 

Il m'a semblé que, plutôt que d'envoyer à la famille de la défunte un témoignage d'affection et de respect, il n'était pas inutile de faire parvenir au palais de l'Elysée la lettre qui exprimait mes sentiments à l'égard de la réaction officielle de la République.

 

En voici le texte..

 

 

 

 

 

Monsieur le président de la République,

 

 

Ce 22 novembre 2011, le service de presse de la présidence de la République a publié un communiqué dont un fac simile m'a été mis sous les yeux par un malicieux hasard.

 

J'apprends ainsi que le président de la République a présenté ses condoléances à des « petits enfants » qui auraient beaucoup gagné à un trait d'union qui en aurait simplement fait les petits-fils ou les petites-filles de Madame Danielle Mitterrand. Simple oubli certainement, puisque quelques caractères plus loin ce sont deux lettres qui sont restées dans la plume du rédacteur : « ...l'ensemble de sa famille. » n'aurait rien ôté à la solennité des circonstances.

 

Ce rédacteur distrait semble avoir également des relations difficiles avec la conjugaison. Pas de « t » final à la troisième personne du singulier du passé simple de l'indicatif pour le verbe « poursuivre », et, les mêmes ignorances ayant les mêmes effets, même régime pour le verbe « savoir ». Que conseiller, sinon, en cas de doute (mais il faut savoir douter), la vérification salvatrice dans ce bon vieux Bescherelle (vol. 1).

 

Que la grammaire ne soit pas jalouse, son tour arrive. Une autre règle, relativement courante, n'est pas mieux connue : celle qui concerne l'accord du participe passé employé avec le verbe être dans la conjugaison d'un verbe pronominal. Voilà qui explique la malencontreuse apparition d'un « e » final au mot « tracé ».

De même, l'absence de « s » final à « exceptionnelle » ne semble pas là pour nous amener à nous demander à quelle vertu attribuer ce qualificatif. À« l'indépendance d'esprit », à la « volonté », à la « dignité » ? Ce « s », s'appliquant à une énumération cumulative (emploi de la conjonction de coordination « et »), aurait sans doute davantage reflété la pensée de l'auteur.

 

On n'insistera pas sur la ponctuation, parent pauvre de l'écrit. Elle aurait pourtant permis de mettre en valeur l'apposition dans « ...de son mari, le président François Mitterrand, mais... ».

 

 

Tout un chacun sait que le poids apparent des mots cache souvent l'absence de véritables sentiments. Mais fallait-il à ce point bâcler la rédaction de ces quelques lignes pour montrer combien la modeste voix de celle qui « [avait fait] entendre la voix de ceux que personne ne voulait entendre » était étrangère à ceux qui ont tellement bien su, et depuis si longtemps, leur imposer le silence ?

 

 

Veuillez croire, Monsieur le président le la République, à l'expression de ma respectueuse considération.

 


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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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