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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 11:15

 

Je lis trop peu, très peu, la presse locale, et pourtant j'ai accès au journal qui a le plus gros tirage de France, loin devant les anciens mastodontes du tirage qu'étaient les Figaro, Aurore, Monde, et autres France-Soir de ma jeunesse. J'ai donc, pour une fois, acheté Ouest-France pour éclairer ma lanterne au moment où se déroule la fameuse "semaine de la mobilité". Mobilité qui nous consolera un peu de l'immobilisme (malgré l'agitation de façade) qui semble être la marque des gouvernants, nationaux ou locaux, qui croient souvent trouver là le remède contre l'impopularité.



Sur quatre petites colonnes, et une photo, on nous explique et on nous montre ce qui doit passer pour une nouveauté, une de ces initiatives qui sont de nature à changer la vie des "vrais gens". Le président de l'association Place au vélo (elle représente des, et non les, cyclistes ici et vit essentiellement des subvention municipales – ce qui assure sans doute sa totale indépendance) montre fièrement le panneau carré bleu avec son liseré blanc qui indique que, dans un sens unique pour les véhicules motorisés, les cyclistes sont également autorisés à rouler à "contre-sens". Pour être honnête, on ne voit pas de quoi il faut être fier, dans la mesure où cette règle est appliquée depuis des lustres dans toutes les villes qui ont choisi de favoriser l'usage de la bicyclette (et non du deux-roues, terme qui n'a pas de sens, et encore moins depuis le MP3 de Piaggio...), au nombre desquelles il faut citer Wissembourg (joyau de l'outre-forêt) qui a pris cette décision après le changement de majorité municipale (voir à ce sujet les articles sur le site de Pumpernickel). Et encore! Il est question de généraliser la chose "dans toute la zone 30" nous dit-on. Quand on sait qu'il n'y a pas une "zone 30", mais des dizaines d'endroits où, pour des raisons pas toujours claires, on a posé des panneaux "zone 30" qui s'appliquent parfois à un tronçon de voie de moins de 50 mètres, on ne voit pas bien quel bénéfice on tirera de la chose.



Autre nouveauté, l'expérimentation, en 2011, du "tourne à droite au feu rouge réservé aux bicyclettes". Encore du nouveau de chez nouveau, cette expérimentation étant tellement expérimentale qu'elle a été adoptée depuis des lustres dans toutes les villes qui ont choisi de favoriser l'usage de la bicyclette (comme dit plus haut). Et, comme on sait que tout ce qui favorise les cyclistes a le don de déclencher la jalousie et la frustration des automobilistes (et celles des porteurs d'uniformes où domine le bleu marine), on imagine déjà tout ce qui sera fait pour démontrer que cette expérimentation est un échec. Plaise aux dieux qu'il n'y ait pas un accident qui aurait pour effet de renvoyer aux calendes grecques la généralisation d'une pratique qui tombe sous le sens. Et qui fonctionne bien partout. Et qui n'a que des avantages. Etc.

Mais on va donc "expérimenter".



On a beau être dans les meilleurs termes avec la municipalité qui vous nourrit, il semble bien que les idées ou les conseils de Place au vélo ou de ses membres aient du mal à franchir les portes des bureaux et les murs des salles de réunion où se décide l'avenir des "vrais gens".

Il faudrait citer les innombrables endroits où, réaménageant les rues, les décideurs ont fait en sorte que la vie des cyclistes y devienne impossible : bandes ou pistes cyclables ouvertes aux cyclomoteurs, croisement à angle aigu avec les rails du tramway (glissage garantie les jours de pluie, ou chute dans le creux du rail quand les pneus du vélo sont fins), voie trop étroite pour les voitures et les vélos pourtant agrémentée d'une pseudo-bande cyclable ou de ce que les bureaucrates locaux appellent "continuité cyclable" (suite de fléchage vert incompréhensible), multiples interruptions des bandes cyclables où la signalisation redondante ou absente indique parfois le contraire de ce qu'elle est censée annoncer...



Dernier exemple en date, celui du pont Léopold-Sedar-Senghor, sur un des bras de la Loire, qui vient d'être livré aux usagers. Et là, plutôt qu'un long discours, quelques photos seront de nature à exprimer mon étonnement devant tant d'incompétence, tant d'ignorance, ou tant de mépris pour une catégorie d'usagers à laquelle on dit, par ailleurs, réserver toute son attention et toute sa bienveillance.

Un pont qu'on a voulu assez large pour y mettre tous les modes de transport (mais sans voie réservée aux bus et taxis), pourquoi pas. Un double sens pour les automobiles et autres engins du même calibre, c'est l'habitude. De larges (2,90 m.) trottoirs pour les piétons, à qui il ne faut pas compter l'espace, on ne s'en plaindra pas.

Mais les cyclistes ? Nos décideurs-experts, qui sont bien entendu des pratiquants quotidiens du déplacement à bicyclette, sachant que ce sont des "véhicules", les ont mis sur la chaussée ; sachant qu'il leur faut une zone de circulation dédiée, leur ont peint une bande cyclable de la largeur (1,20 m. soit moins que la moitié du trottoir) qui correspond sans aucun doute à une réglementation en vigueur (qu'hélas j'ignore).



Et comme il faut protéger les piétons des véhicules, on fait entre les deux un muret de 40 centimètres de hauteur...



Le muret côté piétons. 40 centimètres entre le cheminement en bois et le haut du muret, un excellent moyen de faire comprendre où se trouve le danger, et où on est en sécurité, et une réelle protection contre les voitures.



Je ne veux pas préjuger du nombre de piétons qui emprunteront chaque jour ce pont, ni du nombre de cyclistes, mais j'ai le sentiment que les seconds seront un peu plus nombreux que les premiers. Et je me dis qu'il faudra être bien prudent sur son vélo, car si jamais on se trouve serré de près par tel ou tel véhicule, parmi lesquels les "deux-roues motorisés" (souvent très puissamment motorisés) qui n'hésitent pas à abuser des bandes cyclables qui leur sont pourtant interdites, il ne fera pas bon aller se frotter à cette barrière de béton qui vous mettra par terre en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.





20100921-3

La bande cyclable. 1,20 m. de large, où on retrouvera aussitôt tous les cyclomoteurs et autres scooters et motos... La "première marche" fait 25 centimètres de hauteur, mais la pédale d'un vélo descend à moins de 15 centimètres du sol. Il sera prudent de ne pas trop s'approcher, même serré de près par les automobilistes, sous peine de chute. Qui y a pensé ?



Ne pouvait-on imaginer séparer la violence et le danger intrinsèques que représentent les véhicules à moteur (quelle que soit leur puissance) de ceux qui se déplacent lentement et paisiblement ? Pourquoi cette barrière de béton, si elle était indispensable, n'a-t-elle pas été placée entre la chaussée et un trottoir divisé en deux, partie pour les piétons, partie pour les cyclistes (comme cela a été fait sur le pont Aristide-Briand).



La même sottise sera-t-elle réitérée pour le pont Eric-Tabarly qui doit être ouvert dans quelques mois ?

Les paris sont ouverts.



Faites de beaux rêves...

 

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Published by Régis Hulot - dans Sur la route
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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