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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 19:07

 

Il faut avoir un certain sens de l'humour – au dernier degré du décalage – ou une malchance à la profondeur insondable pour se trouver là, ce jour-là, dans ces circonstances-là.

 

Julius Margolin est né en 1900, à Pinsk en Biélorussie (la ville devient polonaise après la guerre russo-polonaise de 1920), dans une famille juive de culture russe. Il termine à Berlin ses études de philosophie, et s'installe en Palestine (sous mandat britannique) dans les années 30, où il obtient un titre de résident permanent.

À l'été 1939, il part en Pologne (pays dont il a la nationalité) pour rendre visite à sa famille. Éclate alors la guerre, l'invasion d'une partie de la Pologne par l'Allemagne (1er septembre), puis la seconde invasion par l'URSS (17 septembre) en application des clauses secrètes du pacte germano-soviétique. Fuyant les nazis, trouvant refuge dans la partie "soviétique" de la Pologne, il sera arrêté, déporté, mais échappera au sort de la quasi totalité de l'intelligentsia polonaise, c'est à dire l'exécution pure et simple visant à l'installation d'un régime pro-soviétique à Varsovie. En 1945, il sera libéré et parviendra, après de longs mois et d'aussi longs détours, à rentrer à Tel-Aviv où il écrira Voyage au pays de Ze-Ka (Ze-Ka – Soljenitsyne dit Zek – est l'abréviation qui désigne les détenus du Goulag, à l'origine les "détenus du canal" affectés au creusement du canal Baltique-Mer blanche).

 

Paraissant pour la première fois dans son texte intégral, ce gros livre se veut un témoignage aussi détaché et honnête que possible. Il parle des camps, de l'absurdité de la bureaucratie interne, du travail forcé et souvent inutile, de la faim, du froid, de la misère ajoutée à la misère qui brise les corps et détruit les âmes.

Car, autant dans ce que Margolin parvient à écrire pendant ses années de détention (malgré le manque de papier, de crayons, et de moments d'intimité), et qui sera détruit un jour à l'occasion d'une fouille ou d'un contrôle, que dans ce qu'il pourra écrire plus tard après sa libération, il est encore plus question ici de l'analyse du système soviétique, toujours mis en parallèle avec le système nazi. L'une comme l'autre des dictatures ont besoin des camps pour exister, et semblent d'ailleurs être une forme de gouvernement qui fait du monde entier un immense camp de concentration, de travail, de destruction. Et Margolin de se demander ce qui était le pire : mourir dès la descente du train dans les chambres à gaz, ou mourir de faim et de privation en deux ou trois ans de travail forcé...

 

 

Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka. Le bruit du temps, éditeur. 782 pages, 29€. Traduit du russe par Nina Berberova, Mina Journot, révisée et complétée par Luba Jurgenson.

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Published by Régis Hulot - dans A lire ou à pâlir
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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