Il n'est pas inutile de signaler, en plus des ouvrages que j'ai pu mentionner dans cet article, deux livres qui paraissent (ou sont réédités) ces jours-ci et qui éclairent un peu plus les massacres du 17 octobre. Il s'agit de Le 17 octobre des Algériens, de Marcel et Paulette Péju, suivi de La triple occultation d'un massacre, de Gilles Manceron, aux éditions La Découverte (200 pages, 14€), et La police parisienne et les Algériens (1944-1962), d'Emmanuel Blanchard, aux éditions Nouveau Monde (448 pages, 26€).
Le journal La Croix, qui évoque ces deux livre en page 12 de son édition du 13 octobre, renvoie également à RG contre FLN: la guerre de l'ombre, de Laurent Chabrun (Ed. Jacob-Duvernet, 204 p., 19,90€), et à une préface de Gilles Manceron au 17 octobre 1961 par les textes de l'époque (Ed. Les Petits Matin, 128 p., 5€) où on découvre la teneur des ordres de Maurice Papon et des appels du FLN.
Faites de Beaux rêves.
Nous allons commémorer aujourd'hui, du moins pour ceux qui se font de la mémoire une certaine idée, le massacre qui s'est produit il y a cinquante ans à Paris, le soir du 17 octobre 1961 et les jours suivants dans un certain nombre de lieux de la capitale ou de la proche banlieue, en particulier au palais des sports de la Porte de Versailles, boulevard Victor dans le XVème arrondissement. Ce massacre est celui des Nord-Africains, des Français musulmans d'Algérie comme on disait alors, qui manifestèrent pacifiquement contre les mesures de couvre-feu les concernant directement et exclusivement, et contre la répression dont ils étaient victimes de la part de la police française dans leur lutte pour l'indépendance de leur pays.
Jean-Luc Einaudi, historien français auteur de La bataille de Paris, a donné dans ce livre une relation extrêmement précise de cet événement qui fit, selon les sources officielles trois morts (encore aujourd'hui, c'est la seule vérité que reconnaisse l'État français), et selon les sources non officielles des dizaines de morts (140 selon la liste établie par Jean-Luc Einaudi en annexe de son livre pour les mois de septembre, octobre et novembre 1961).
Par curiosité, j'ai feuilleté le livre d'histoire (Histoire 1ères S/L/ES, sous la direction de Pascal Zachary, Hachette éducation) d'une élève de 1ère, manuel tout neuf puisqu'il se réfère aux nouveaux programmes entrés en vigueur à cette rentrée 2011. Sur le thème de la décolonisation, deux « études » sont proposées, l'une sur la fin de l'empire des Indes (4 pages), l'autre sur la guerre d'Algérie (4 pages), le tout agrémenté de nombreuses photographies et textes présentés comme des « documents ». Bien entendu, pas un mot sur ce crime du 17 octobre, tout juste une citation d'un télégramme du général Cherrière (du 13 mai 1955) au général commandant la division de Constantine lui ordonnant des mesures de répression brutales en cas d'incidents (ce qui est sans relation avec ce dont je parle ici).
Une telle discrétion, et des documents si maigres, ont de quoi surprendre, et j'ai donc tourné la page. Cela valait la peine : de Patrice Lumumba (1925-1961), il est dit que « devenu premier ministre [du Congo ex-belge], il ne parvient cependant pas à créer une nation congolaise face aux tendances séparatistes. Lumumba est arrêté par ses opposants et exécuté le 17 janvier 1961 ». Un laconisme qui interdit tout commentaire, à comparer avec la notice de Wikipédia dont le deuxième paragraphe dit que « Patrice Émery Lumumba est considéré au Congo comme le premier « héros national ». Il a en effet été assassiné par des responsables de l'État du Katanga avec l'assentiment de la Sureté de l'État belge, puissance coloniale du Congo ». Sans parler de ce que savaient ceux qui, en France, s'intéressaient un tant soit peu à la guerre qui ensanglanta le Congo ex-belge à cette époque. J'étais jeune, c'est vrai, mais je me souviens de l'atmosphère qui régnait quand on évoquait le sujet.
Revenons à l'Algérie.
A la vitrine d'un librairie, une bande dessinée de Didier Daeninckx et Mako intitulée Octobre noir. Si le titre fait évidemment référence au septembre noir de 1970, la couverture montre un mur de policiers casqués chargeant des manifestants. Il s'agit donc d'octobre 61.
Daeninckx reprend le fil, sous une autre forme, d'un roman écrit en 1984 et qui portait le titre de Meurtres pour mémoire (et un autre lien ici). Il s’agissait alors d'un roman policier, d'une affaire de double meurtre commis à vingt ans de distance, dans deux lieux différents, mais qui trouvent leur source dans un seul événement. La manifestation du 17octobre n’était là que pour fixer un lieu, le boulevard Bonne-Nouvelle à Paris, le cinéma Rex, le siège du journal l'Humanité (siège depuis longtemps transféré à Saint-Denis dans le « 9-3 ») à une époque où les Grands boulevards étaient à la fois un lieu de distraction (restaurants, théâtres et demi-mondaines comme au temps de Zola) et un lieu de grande activité commerciale et artisanale à la population ouvrière et cosmopolite, surtout dans les faubourgs (« Je suis née dans l'faubourg Saint-D'nis », chantait Mistinguett - c'est faux! elle est née à Enghien_les-Bains le 5 avril 1875). Pour lui, qui vient d'une famille modeste mais qui a tout de même été ouvrier imprimeur (puis journaliste), l'aristocratie de la classe ouvrière, c'est à la fois un hommage aux siens et l'expression de ses choix politiques et philosophiques.
Dans cet album, Daeninckx met en scène deux histoires parallèles : celle de la manifestation (préparation, organisation, rassemblements, bouclages de rues par la police, charges et « ratonnades » - du terme péjoratif et raciste de « ratons » donné aux algériens en particulier), et celle d'un groupe de jeunes gens qui rêvent de devenir les vedettes d'un rock 'n roll que découvre la France. Ils répètent dans une petite chambre, et jouent parfois le soir au Golf Drouot, un club qui fait l'angle de la rue Drouot et du boulevard Montmartre, au dessus du Café d'Angleterre, une brasserie très courue à l'époque. Le lien entre les deux ? Le chanteur du groupe qui est algérien, et qui devra renoncer à manifester avec son père ce soir-là, car il joue un peu plus loin, boulevard des Capucines, à l'Olympia, et participe à la finale qui désignera le meilleur groupe rock de cette année 1961.
Le scénario est bien ficelé, car l'auteur connaît son sujet, le dessin est sobre et précis, souvent dans les tons de gris, de brun, de bistre, qui vont bien à la fois à des scènes souvent nocturnes et à l'atmosphère dans laquelle vivent ces déracinés d'Algérie venus assurer la prospérité de la métropole et qui vivent si souvent dans des taudis insalubres, les bidonvilles de Nanterre ou de Saint-Denis.
La préface de Benjamin Stora (voir également son site), une référence dans l'étude de l'histoire du Maghreb, la collaboration de Jean-Luc Einaudi, la postface de Didier Daeninckx éclairent cette histoire qui a été si longtemps masquée et niée, et nous donnent à réfléchir sur la nature des relations que nous avons avec l'Algérie et avec notre passé commun. Autant dire qu'il ne suffit pas d'un livre pour tout régler, mais que ce livre pourrait aider à trouver un chemin vers une réconciliation qui nous libérerait de nos peurs et de nos antagonismes.
Sans compter que sa lecture pourrait donner quelques pistes de réflexion supplémentaire "les Jules et les Prosper qui seront la France de demain" ! C'est Pumpernickel, qui connait ses classiques, qui me souffle cette remarque.
Faites de beaux rêves.
Jean-Luc Einaudi, La bataille de Paris - 17 octobre 1961, Éditions du Seuil, collection Points, dépôt légal septembre 2001 N°51061 (01-1565)
Jean-Luc Einaudi, en 1997, devant le Cour d'assises de Bordeaux, a témoigné sur le 17 octobre 1961 lors du procès intenté à Maurice Papon (Préfet de police de Paris à l'époque) pour son action de 1942 à 1944. En 1999, l'ancien préfet de police a cherché à le faire condamner. Ce procès, perdu par Maurice Papon, a permis le début de la reconnaissance de ce crime.
Didier Daeninckx et Mako, Octobre noir. Coloriste Laurent Houssin. Couverture et mise en page opixido. Préface de Benjamin Stora. Liste en fin d'ouvrage de Jean-Luc Einaudi. Éditions Ad libris, Anthy-sur-Léman, France, dépôt légal septembre 2011.
Retrouvé – jamais perdu, en fait, seulement laissé à l'abandon dans un carton – un vieux disque, la bande originale de ce film "The Strawberry Statement" (en français, Des fraises et du sang) un vieux disque noir qui gratte. Avec la platine sans âge qui reste ici, et un boitier acheté il y a un bon moment déjà, j'ai "numérisé" l'objet, qui me permet de retrouver cette atmosphère si particulière qui émane des voix de Crosby, Stills, Nash, avec ou sans Young, de Buffy Sainte-Marie, ou de Red Mountain Jug Band.
Le film, je l'ai vu en 1976, ou 77, ou 78, dans la salle enfumée du théâtre Dejazet pas encore restauré comme il l'est actuellement. En sortant, la place de la République avait un autre goût, et la pluie qui tombait laissait des reflets partout devant les terrasses des cafés. Pour rentrer, on traversait la place, pour aller prendre le faubourg du Temple, tourner à gauche et suivre le canal.
Faites de beaux rêves.
Dans cette immeuble vécut Régis Hulot.
Automne 1987.
Je crois y avoir fait de beaux rêves.
Parmi les célébrités auxquelles les gens, touristes, badauds, parisiens, viennent rendre visite, deux tombes de deux écrivains qui, après leur mort, ne déclenchent pas les mêmes enthousiasmes.
Celle d'Oscar Wilde, couverte de baisers.
Celle de Marcel Proust, tellement ordinaire, tellement simple.
Aucun de ces deux-là ne peut laisser indifférent.
Faites de beaux rêves.
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