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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 10:26

 

En me rendant sur le site de Là-bas-si-j'y-suis, l'émission de Daniel Mermet que mes lecteurs ne peuvent pas ne pas connaître, j'ai trouvé une intéressante contribution que je me permets de retranscrire (après en avoir éliminé les fautes de frappe et les tournures maladroites pour les remplacer par les miennes...). Je crois qu'elle est de nature à éclairer chacune et chacun, si jamais c'était nécessaire, sur une situation dont la description est souvent tendancieuse ou incomplète, à tel point qu'il y a des moments où je me sens rajeunir – un peu comme si je me retrouvais au bon vieux temps de ce projet de TCE qu'il fallait à toutes forces nous faire approuver, pour mieux en fouler aux pieds les principes intangibles quelques mois plus tard (équilibre budgétaire retrouvé en 2012, maitrise de la dette publique, et autres sornettes).

 

Voici donc ce texte.

 

Quelques chiffres...

 

1) Le déficit du régime des retraites, qui était de 2 milliards d'euros en 2006, est passé à 32 milliards d'euros en 2010. Il risque, si tout reste en l’état (juste avant la mise en œuvre de la réforme Woerth), de passer à plus de 100 milliards en 2040/2050.

 

2) Le déficit national (État, hors collectivités locales et comptes sociaux) est d'environ 100 milliards d’euros en 2009

 

3 ) Selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), dans les 40 ans à venir, nous devrions doubler le Produit Intérieur Brut de la France et passer de 1900 milliards d’euros à 3800 milliards d’euros). Encore faut-il se place dans une perspective productiviste et développementiste selon laquelle la terre est une corne d'abondance et l'ensemble des problèmes posés aujourd'hui seront résolus dans un avenir accessible (NdR)

 

OUI, MAIS...

 

4) Selon l’INSEE, depuis 1983 (en moins de trente ans, donc), la part des richesses créées attribuée aux salaires (auparavant 70%), a diminué d’environ 10 points, en faveur des dividendes (sur lesquels il n’y a pas de cotisation sociale).

Ce sont donc tous les ans environ 200 milliards d'euros qui ne sont plus distribués aux salariés, mais vont directement aux détenteurs du capital (les actionnaires). A noter que sur ces 40% de la richesse créée (surtout par le travail) qui va aux profits, seuls 18% (moins de la moitié) vont à l'investissement, le reste empruntant les canaux obscurs des "produits financiers" inventés par "l'ingénierie tenancière" dont on connaît les "performances".

 

5) Les baisses d'impôts consenties depuis 2000 ont entrainé des manques à gagner pour les comptes de l'État

de 3,4 milliards en 2001,

de 11 milliards en 2002,

de 10 milliards en 2003,

de 12 milliards en 2004,

de 10 milliards en 2005,

de 15 milliards en 2006,

de 22,5 milliards en 2007 (entrée en vigueur du bouclier fiscal),

de 30,2 milliards en 2008.

 

6) Selon le Syndicat unifié des impôts, en 2009, le bouclier fiscal a permis à 585 millions d'euros d'échapper à l'impôt.

 

7) Toujours selon le Syndicat national unifié des impôts, en 10 ans, rien qu'avec la baisse nette de l'impôt sur le revenu, on a perdu (montant cumulé) environ 100 milliards d'euros de recettes, sans compter les fameuses niches fiscales et autres impôts sur les sociétés...

 

8 ) En baissant les impôts, l'État s’est privé d’une ressource monétaire massive, qui était nécessaire à l’équilibre budgétaire. Du coup, le gouvernement a lancé un plan d’emprunt de 35 milliards d’euros, qui devront être remboursés, avec des intérêts... aux mêmes personnes pour qui le gouvernement a baissé les impôts. En somme, ce qu’on ne prélève plus aux riches, on le leur emprunte.

 

9) Entre 2006 et 2010, le Trésor Public (c’est-à-dire nous, les contribuables) a remboursé 30 millions d’euros à Mme Bettencourt, dont les revenus mensuels sont de l’ordre de 34 millions d’euros. Cette dernière est imposée à hauteur de 9%, soit le taux d’un cadre qui gagne autour de 3000 euros par mois.

Par ailleurs, l’impôt est prélevé sur les revenus déclarés : cela ne tient donc pas compte des fonds, parfois colossaux, qui sont cachés, avant le passage du trésor public, dans les paradis fiscaux (qui n'existent plus, comme dirait l'autre, qui nous affirmera bientôt que la terre est plate, placée au centre de l'Univers, et posée sur le dos d'une tortue...) et les "niches fiscales", paradis fiscaux discrets et légaux.

 

10 ) Les 500 premiers foyers fiscaux de France ont gagné 80 milliards d’euros de plus en 2009 qu'en 2008.

 

11 ) Selon les estimations d’ATTAC, les paradis fiscaux entraînent un manque a gagner annuel de 50 milliards d’euros pour le Trésor Public, c'est à dire pour la collectivité nationale.

 

12 ) Les dépenses publiques baissent depuis 14 ans. Le pic était en 1996.

 

13 ) Le taux de cotisation patronale affecté aux retraites n’a pas augmenté depuis 1996.

 

14 ) Il y a eu 1500 "plans sociaux" depuis juin 2009, et 100 000 emplois nets supprimés depuis le premier juin 2009.

 

15 ) Selon Gérard Filoche, inspecteur du travail, 2 salariés sur 3 sont inaptes, malades, licenciés ou au chômage a partir de 55 ans.

 

16 ) En 2009, 500 000 chômeurs ont étés radiés des statistiques de Pôle-emploi.

 

 

 

Évidemment, il ne manquera pas d'esprits forts pour venir contester telle évaluation, tel montant, telle date. Il n'en reste pas moins qu'il est bien facile, et on ne se gène généralement pas, de remettre en cause les faibles revenus du seul travail du plus grand nombre quand on est soi-même riche (depuis sa naissance), intelligent (les brillantes études et les réussites professionnelles le prouvent), en bonne santé (ski l'hiver, été au soleil, et salle de sport bi-hebdomadaire), entouré d'une famille aimante et d'amis fidèles à qui on a le pouvoir d'offrir ces petits cadeaux qui entretiennent l'amitié (les liasses de billets par valises entières – même si ce sont des méthodes de souteneurs).

Si chacun de nous sait bien que les efforts sont nécessaires – puisque, des efforts, il faut en faire tous les jours – ce ne sont pas ces gens-là qui sont légitimes pour nous les demander.

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Published by Régis Hulot - dans Brut de décoffrage
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"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux  l'autorité de personne alors c'est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon.

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